Les Libéraux-Radicaux Genève

Discours du 1er août 2011 de Mark Muller, Président du Conseil d’Etat

C’est une grande joie pour moi de participer dans votre commune à la Fête nationale qui marque aujourd’hui le 720e anniversaire de la Confédération suisse.

Je tiens à vous remercier très chaleureusement de m’avoir invité à Jussy où j’ai de nombreux souvenirs, en particulier les promenades en famille lorsque j’étais enfant. Mes parents devaient généralement me forcer à les accompagner, mais à la fin de la journée, j’étais toujours très heureux de l’excursion, notamment de la tarte aux pommes dégustée à l’auberge de Jussy qui se trouvait encore sur la place du village.

On dit parfois que la Suisse ne fait rien comme les autres. Ce n’est pas un titre de gloire, ce n’est pas toujours une qualité, mais c’est une réalité objective. Prenons pour exemple, si vous le voulez bien, la Fête nationale du 1er août, que nous célébrons ensemble aujourd’hui. Il a fallu mettre d’accord l’ensemble des cantons, voilà 120 ans seulement, en 1891, pour choisir un événement précis, une date symbolique, et même un lieu pour la toute première fête nationale. Six cents ans après le Pacte d’alliance de 1291 entre les cantons d’Uri, Schwytz et Unterwald, c’est cet évènement qui paraissait le mieux concrétiser ce que l’on appelle parfois la «miraculeuse unité» d’un pays depuis toujours composé de communes, de vallées, d’Etats et de cultures si diverses. Ce pacte précède de quatre ans le fameux serment des trois Suisses sur la prairie du Grütli, jurant de défendre en commun leurs libertés et leurs franchises, mais nos compatriotes fusionnent volontiers les deux événements, en y ajoutant au passage la célèbre aventure de Guillaume Tell.

Nous avons donc une Fête nationale fixée au 1er août – le Pacte porte simplement la mention du «début du mois d’août» – et un jour férié, comme dans tous les pays. Mais chez nous, il n’est férié que depuis 1994, suite à un vote populaire. Est-ce à dire que les Suisses ne sont pas patriotes? Est-ce à dire – comme on l’entend parfois – qu’ils ne sont pas particulièrement rapides, puisqu’il leur a fallu 600 ans pour fêter leur pays et 703 ans pour décréter jour férié leur fête nationale? Vous vous doutez bien que non.

Mais comme l’a fort bien écrit le grand écrivain suisse Gottfried Keller, «il est réjouissant qu’il n’existe pas un seul type uniforme de Suisse, qu’il y ait des Zurichois et des Bernois, des Unterwaldiens et des Neuchâtelois, des Grisons et des Bâlois, et même deux sortes de Bâlois! Et qu’il existe une histoire appenzelloise et une histoire genevoise: cette variété dans l’unité que Dieu voudra bien préserver». Cet éloge de la différence, mais aussi de la solidarité, illustre bien le mode de fonctionnement helvétique: le citoyen n’est ni un sujet, ni un administré; le canton n’est pas un périmètre géographique, mais un véritable petit Etat, avec ses institutions et sa personnalité.

Certes, il y a fort longtemps que l’économie, la monnaie, la défense et le simple bon sens ont imposé à la Suisse une certaine centralisation. Nos cantons ne comprennent plus aujourd’hui, comme avant 1798, des entités souveraines, des protectorats, des principautés ecclésiastiques, des villes libres, à demi libres ou au quart libres… et même une monarchie, puisque Neuchâtel dépendait du roi de Prusse. La Suisse parle d’une même voix, même si c’est en quatre langues.

Il lui reste cependant quelques valeurs héritées de ses ancêtres, comme le respect scrupuleux des traités, le respect des minorités et la conception selon laquelle une alliance ne saurait avoir pour seul but une «taille critique», mais entraîne un renforcement mutuel et un engagement réciproque.

On cherche souvent, d’aucuns s’y emploient avec acharnement, à souligner les différences entre la Suisse et les autres pays européens. J’aurais plutôt tendance à souligner combien la cohabitation de cultures, de religions, de langues et de coutumes différentes nous rapproche – en beaucoup plus petit, évidemment – du tableau qu’offre notre continent. On imagine souvent que la Suisse, «petit pays niché au creux des Alpes», comme l’évoquait récemment un quotidien français, n’a pas d’histoire avec un grand H, alors même que notre pays a pleinement participé à plusieurs millénaires de l’histoire européenne. Rappelons au passage que Napoléon III était citoyen thurgovien ou que le village d’origine des Habsbourg se situe en Argovie, sans même évoquer Calvin ou Einstein, Rousseau ou Henry Dunant.

La Suisse, on l’a vu, a eu de la peine à fixer le jour de sa Fête nationale. Il n’en est pas de même pour ce qui concerne sa devise: «Un pour tous, tous pour un!». Si elle a inspiré Alexandre Dumas, qui en fit celle de ses célèbres mousquetaires, n’illustre-t-elle pas avant tout ce devoir de solidarité et de coopération librement consenties qui devrait être le fondement des relations entre les hommes, les peuples et les nations?

Cette devise irait bien à l’Europe, et même aux Nations Unies. Elle pourrait, elle devrait s’appliquer aussi à nos sociétés, frappées par les inégalités et parfois par les injustices, voire même la violence, comme cela a été le cas la semaine dernière en Norvège, au peuple de laquelle j’adresse mes pensées émues et fraternelles.
«Un pour tous, tous pour un!»: ce pourrait être, en ce 1er août, le message que nous pourrions retenir et appliquer à celles et ceux qui sont nos semblables, au-delà des différences.
Je vous souhaite, Mesdames et Messieurs, une très belle fête nationale.

Vive Jussy, vive Genève et vive la Suisse.

Le texte prononcé fait foi.

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