
La liste des effectifs des forces de l’ordre faite par la Tribune de Genève du 27 août 2011 est impressionnante à première vue. Sauf qu’elle est imprécise et incomplète, au point de donner une illusion de sécurité, surtout la nuit. Essai de se rapprocher de la réalité. La journaliste de la Tribune a en effet raison de dire que « chercher à connaître les effectifs, c’est s’attaquer à un coffre-fort sous haute protection ». Au risque de se faire embastiller ?…
A première vue, il y aurait 1694 postes dans la police, 205 dans les polices municipales et 336 gardes-frontière, soit un premier total global de 2235 postes. Sauf que l’on ne peut faire cette addition – une erreur dont se garde bien la Julie – sans mélanger des pommes et des poires. En effet, le vrai total des forces de l’ordre implique de commencer par enlever 395 postes administratifs des effectifs de la police. Soit un nouveau total de 1840 postes. Duquel il faudrait encore déduire les postes à vocation administrative des douanes et des polices municipales (qui servent à décharger les forces de l’ordre de tâches qu’elles n’ont pas vocation à accomplir). Ou être sûr qu’il n’y en a pas. Supposons donc un premier effectif global de 1800 personnes.
Reprenons, car ces totaux théoriques, surtout le premier, sont surtout intéressants à des fins statistiques ou lorsqu’il s’agit de voter les budgets. Ce qui intéresse le citoyen, c’est de savoir combien l’Etat (Confédération, canton et communes) affecte d’hommes et de femmes à sa sécurité nuit et jour. Or, c’est là que les choses se gâtent, surtout la nuit.
Selon les données extraites au chalumeau du coffre-fort…, il y aurait le jour, sauf circonstances extraordinaires, 264 policiers (gendarmes, inspecteurs de la police judiciaire, policiers relevant de la sécurité internationale), 205 agents municipaux (dont 98 en Ville de Genève) et 60 gardes-frontière (dont 25 en patrouille sur le territoire cantonal). Soit un second total allant de 494 à 529 personnes que nous arrondissons à 500 personnes. Sauf que les agents municipaux ne sont pas armés et ont des compétences qu’on qualifiera de gardiens de la paix, ce qui est déjà une noble mission. Mais, pour faire face à la violence, à la criminalité, pour faire régner l’ordre, il ne reste que les policiers et les gardes-frontière. Soit un premier total opérationnel de 300 personnes.
Et la nuit fond sur Genève. Comme fondent les effectifs affectés à la sécurité de ses habitants. Il ne reste alors plus que 80 policiers, toutes catégories confondues et 20 garde-frontière (dont 12 sur le territoire). Mais aucun agent municipal – là, le calcul est vite fait. Soit un second total opérationnel de 90 à 100 personnes.
Ce dernier chiffre est inquiétant. Il ne traduit cependant qu’imparfaitement la réalité qu’il exagère. En effet, il faudrait lui ajouter les effectifs des diverses sociétés de sécurité privées, pas plus armées au demeurant que les agents municipaux, mais au moins présentes la nuit, qui ont progessivement été amenées à occuper le terrain délaissé ou jamais occupé selon le type de forces de l’ordre. Un chiffre que nous ne manquerons pas de rechercherpour l’actualiser. En 2005, l’Hebdo l’estimait déjà, pour 80 agences, à 2650 personnes ! (http://www.hebdo.ch/dans_la_jungle_des_polices_priveacutees_21170_.html) alors que, selon le Matin, leur nombre aurait dépassé 13000, en 2009, pour l’ensemble de la Suisse (http://www.lematin.ch/actu/suisse/la-suisse-compte-quasi-autant-de-gardes-prives-que-de-policiers).
La nature a horreur du vide. La sécurité aussi. Aux pouvoirs publics d’en prendre la mesure, notamment la nuit, car dans le canton de Genève la situation actuelle n’est plus acceptable. On n’a pas encore entendu que cela fasse partie des priorités de la très prolixe cheffe de la police.


