La lecture du Matin de ce jour apporte un bel éclairage sur ce 1er août 2013 : il paraît que l'ADN des Suisses est particulièrement … varié ! On s'en doutait, mais il vaut la peine de le rappeler : notre pays n'est pas issu d'un projet commun (imposer la démocratie dans le monde par exemple), mais d'une addition d'intérêts à défendre. La Suisse ne s'est pas développée par la conquête de nouveaux territoires, mais par le ralliement de nouveaux cantons à ses valeurs.
Alors même si c'est la mode cette année de pousser des cris d'orfraie sur un air de youtze en dénonçant l'ennemi extérieur et intérieur, peut-être cela vaut-il la peine de nous regarder d'un peu plus près avec le détachement propre aux scientifiques.
La Suisse, contrairement à l'Islande, n'a pas de patrimoine génétique, ou plutôt elle présente « une très jolie mosaïque ». Vous et moi sommes faits d'apports successifs, qui pourraient être retracés mais qui ne pourraient pas servir à déterminer qui est Suisse de qui ne l'est pas. Je trouve cela plutôt rassurant : pas d'eugénisme possible sur la base de la « Suissitude » de chacun.
En revanche, l'examen de notre ADN nous rappelle que nous sommes tous cousins, à un degré ou à un autre. Comme dans les meilleures familles, nous sommes amenés à devoir nous entendre, nous comprendre. Négocier et trouver des intérêts communs, c'est cela la vraie identité suisse. Et comme elle n'est pas amenée par les gènes mais qu'elle est librement consentie, elle n'en est que plus forte.
Particulièrement à Genève dont la renommée doit beaucoup au respect des différences, il vaut la peine non pas de défendre notre identité mais de promouvoir. La pluralité de notre ADN comme celle de notre culture ne nous aide pas à nous imposer, faute de taille, mais ils contribuent peut-être à nous affirmer face au monde.
C'est à cette Suisse qui ne donne pas des leçons mais des exemples qu'il faut s'identifier.
PS: Un grand merci à Eric Felley du Matin pour son interview de Jacques Fellay de l'EPFL.