La question du racisme et de l'action contre le racisme n'a jamais été autant discutée qu'aujourd'hui. Pour ce qui est de l'Europe on s'en réfère souvent au terrible souvenir du nazisme et de la Schoah. Il est évident que cette monstruosité historique ne devra jamais être oubliée. Aujourd'hui , surtout en regard du fanatisme d'Islamistes radicaux , on parle de racisme antimusulman. Et puis, stimulées par la crainte d'une immigration massive, la méfiance et la réticence envers les Africains courent dans nos populations. Evoquons aussi les Roms, les Kosovars. Bref, le racisme ordinaire lié aux cohabitations en partie subies de la vie ordinaire.
Alors, faut-il, à l'instar de certains qui sont bardés de bonnes intentions, intensifier à fond la lutte contre le racisme sous toutes ses formes ? Elargir la notion, alourdir les sanctions ? Voilà qui mérite de beaucoup y réfléchir. Et si, au-delà de ce qui est indispensable, un excès de zèle allait à fin contraire, rognant trop la liberté d'expression, invitant à l'abus de la dénonciation, engendrant des crispations inavouées ?
Prenons quelques exemples. Un succès phénoménal du cinéma français a été le film Rabbi Jacob. Un délire de plaisir devant un film qui n'était pas, dans sa légèreté, sans instiller une conclusion morale. Le réalisateur, Gérard Oury, était d'ailleurs juif. Pourtant, oserait-on aujourd'hui sortir un tel film sans craindre d'être taxé d'antisémite ? Voire aussi d'esprit colonial vis à vis de l'Afrique ? Dans un registre plus grave, vous pouvez bien avoir un grand respect, une attirance intellectuelle et spirituelle pour le judaïsme : si vous critiquez la politique de l'Etat d'Israël vous aurez tôt fait d'être qualifié d'antisémite. Venons-en à l'Islam. Le défi de la cohabitation culturelle ouvre la porte à un danger : celui d'entamer l'acquis de la laïcité de l'Etat et des établissements publics (dont l'école), de pratiquer l'autocensure afin de ne pas blesser, choquer… Autrement dit, tout un acquis intellectuel, culturel, démocratique lentement développé dans nos sociétés occidentales pourrait être peu à peu rétréci. Une peur rampante d'être accusé de discrimination de racisme. Paralyserait les esprits. Il s'agit surtout ici de la relation avec l'Islam et les Musulmans résidant dans ces vieux pays européens pétris par une si longue histoire. L'histoire, précisément. L'enseigner de manière chronologique, insister sur l'emprunte décisive du christianisme, sur les lumières : enseignement discriminatoire ? Attaque contre la diversité culturelle dans nos écoles ? Racisme sous-jacent ? On entend de plus en plus ces inquiétantes aberrations.
Oui, nous en sommes à ce point. Nos sociétés ont comme peur d'elles-mêmes. On veut apaiser ce qui pourrait nous menacer ; par gain de paix, esprit d'ouverture aussi, sans doute. Mais en offrant une sorte de ventre mou, on n'apaisera rien du tout. Faute de limites clairement posées, les atteintes, même non agressives, au socle qui a fondé nos sociétés augmenteront progressivement. On pourrait parler d'un <munich>par allusion aux funestes accords de Munich en 1938. Allusion excessive et déplacée ? On aimerait le croire. </munich>
Oui, nous sommes en danger de dilution, de non résistance dès lors que nous ne serions plus reliés à notre histoire, aux valeurs qui en découlent, à une identité définissant et déterminant notre manière de vivre ensemble. Il importe de reprendre et de regarder en face les différents mots qui dansent devant nous dans le désordre. Le racisme, c'est la discrimination avérée et injustifiée, l'incitation à la haine ; rien de moins mais rien de plus. En deca de cette ligne rouge, notre liberté et notre devoir tiennent à la connaissance et à l'affirmation de ce qui a construit nos sociétés, nos Etats et aux valeurs à défendre qui en découlent. Cela doit s'imposer à quiconque veut partager notre existence collective. Certes, une telle fermeté, qui n'est pas rigidité, ni refus d'ouverture, heurtera certains et provoquera des tensions. Mais à la fin, --c'est en tout cas notre conviction--, elles seront moins graves dans la durée que ce qui pourrait résulter de notre faiblesse, de notre inconsistance, de nos abandons. On ne respecte que ce qui a de la substance.