L'engagement politique et l'adhésion à un parti peut avoir plusieurs motifs. La volonté de servir le bien public et de faire évoluer la société dans le sens des idées que l'on veut défendre est certainement le premier et le plus louable. Il y a d'autres objectifs moins avouables tels que celui d'être connu et reconnu ou l'ambition d'acquérir un peu de pouvoir voir d'influence sur notre commune, notre canton et notre pays.
Souvent, ces motifs se conjuguent dans des proportions propres à chacun. Il demeure cependant toujours, derrière cet engagement, une vision de la société et des idées à défendre (du moins, j'ai la naïveté de le croire) qui déterminent le choix du parti dans lequel l'on souhaite s'engager. Quel rôle doit jouer l'Etat ? Est-il un acteur économique ? Jusqu'où doit aller le filet social ? L'Etat doit-il respecter une stricte laïcité ou s'inscrit-il dans une tradition chrétienne ? Quelles limites doivent être mises à la liberté individuelle et aux acteurs économiques ? Ces thèmes généraux se déclinent ensuite dans les programmes politiques sur des sujets plus concrets tels que la sécurité, les finances publiques, l'emploi, la fiscalité, le logement, la mobilité, … .
Or, depuis quelques semaines, certains politiques genevois changent de parti, comme ils changeraient de chemise, sans expliquer pour quelles raisons ils se sont éloignés idéologiquement de leur ancien parti ou en apportant des explications vaseuses et empruntées. L'une dira, pour justifier un échec personnel, que son parti est inféodé à un autre, alors qu'elle désirait ardemment l'alliance de ces deux entités politiques. L'autre expliquera qu'il ne se reconnait pas dans son parti, qui a récemment fusionné, alors qu'il ne s'est jamais exprimé au sein de ce même parti pour faire valoir telle ou telle ligne politique. Le troisième fera soudainement valoir qu'il s'est réveillé un matin avec l'âme d'un écolo-libéral en expliquant à la télévision locale comment il trie ses déchets, puis le surlendemain trouvera l'herbe plus verte encore dans le parti PBD qui vient de se créer à Genève et qui a pour seule raison d'être la sauvegarde du siège de Mme Eveline Widmer-Schlumpf au Conseil fédéral. Le lancement du PBD Genève est d'ailleurs symptomatique sur ce point. Les fondateurs clament haut et fort que ce parti constitue la seule alternative à droite, tout en ajoutant qu'ils travaillent à l'élaboration d'un programme…
Ces politiques donnent le sentiment d'une errance et d'un vide idéologique où seuls l'ego et l'ambition personnelle priment. Le parti n'est plus un outil pour faire valoir, défendre et faire avancer des idées mais un « machin » qui doit servir sa propre personne. Si le parti ne reconnaît pas immédiatement leur talent et la chance de les avoir comme membre, ils claquent la porte dans un geste relevant de la blessure narcissique. Cela ne peut que renforcer la perception négative que certains citoyens ont des politiciens de notre canton avec pour conséquence l'émergence de formations populistes et l'abstention aux prochaines élections. Triste constat !
Article paru dans la Tribune de Genève du 2-3 mars 2013