«Rendre le monde meilleur est bien sûr un bel objectif, mais si en tant qu'entrepreneur on ne peut pas gagner d'argent avec son idée, on se retrouve vite sur le carreau.» On ne peut mieux résumer le raisonnement qui veut allier protection de l'environne‐ ment et logique économique.
C'est Thomas Gottschalk, un ingénieur allemand en énergies renouvelables, qui l'exprime et en fait la démonstration pratique: en 2010, il a fondé une start-up qui installe et entretient des panneaux solaires photovoltaïques en Afrique de l'Est (Kenya, Tanzanie et Rwanda). En quatre ans, 10 000 foyers ont été équipés. L'entreprise affiche un chiffre d'affaires de 8 millions d'euros en 2014. A noter que Mobisol a bénéficié d'un prêt de la KfW, un organisme public dont la mission est notamment d'aider au démarrage d'entreprises privées. En Suisse aussi, on pourrait en faire plus.
Particularité du système: l'acquéreur paie 20 euros par mois pendant trente-six mois et devient ensuite propriétaire de l'installation qui continue à produire pendant des an‐ nées. Autre particularité, le paiement s'effectue par téléphone portable. Avec son retard en matière d'infrastructures lourdes, l'Afrique a parfois sauté des étapes et pris de l'avance sur le reste du monde.
Gottschalk est parti de plusieurs constatations: sur le continent premier, chaque mètre carré reçoit en moyenne plus de 1500 kWh d'énergie solaire par an; 500 millions d'Africains n'ont pas accès à l'électricité et 80% des habitants des régions subsahariennes possèdent un téléphone portable. Il faut y ajouter que le coût des équipements photovoltaïques a chuté de 90% en quelques années. Et l'Afrique affiche une croissance moyenne de 4% depuis plusieurs années, ce qu'on oublie trop souvent.
Sur cette base, Mobisol a créé 400 emplois fixes dans l'installation et la maintenance «La Suisse a tous les atouts en main pour lancer de tels projets » sur place, alors que les systèmes sont conçus en Allemagne et adaptés aux besoins de chaque pays d'utilisation. Tous ces éléments, combinés au financement progressif, mettent des installations à la portée d'une partie des habitants de pays en développement qui peuvent prendre en main leur développement énergétique. L'impact environnemental se trouve ainsi complété par un impact social non négligeable.
Je suis certain que la Suisse a tous les atouts en main pour lancer elle aussi des projets qui allient rentabilité économique et développement durable. Elle a le génie technique avec nos écoles polytechniques et le tissu industriel qui gravite autour. Elle a aussi des ressources économiques importantes. Il suffirait que la loi autorise les caisses de pension à investir une petite partie de leurs avoirs dans ce type d'entreprises innovantes pour obtenir un effet de levier positif pour notre économie mais aussi pour le bien-être de millions d'autres, ailleurs dans le monde. Et ceux qui vivent mieux là où ils sont nés auront certainement moins envie de céder à l'irrésistible appel du Nord, dont les effets agitent tant les opinions de la vieille Europe par les temps qui courent.
Rolin Wavre Vice-président du PLR Genève candidat au Conseil national
Initialement publié dans la Tribune de Genève, 15 août 2015