Election du Conseil fédéral par le peuple

L'Union Démocratique du Centre (« UDC ») se veut le parti de la « suissitude ». Cette formation pense être la seule à défendre la Suisse, ses valeurs ancestrales, ses traditions et, par conséquent, le peuple suisse. Pour façonner cette image, elle convoque régulièrement les images de la Suisse éternelle : la plaine du Grütli, le yodle, les costumes traditionnels, Guillaume Tell, le « réduit national », … Pourtant, sur certains sujets, l'UDC mène une politique totalement contraire à ce qui fait la Suisse, que l'on pourrait qualifier de « unschweizerisch » pour utiliser un terme suisse-allemand. L'initiative sur l'élection du Conseil fédéral par le peuple est le dernier exemple en date.

Par cette initiative, l'UDC souhaiterait que le peuple suisse élise nos sept conseillers fédéraux au système majoritaire. Au premier abord, cette idée pourrait sembler séduisante, d'autres démocraties (France, USA) ayant adopté ce système. Celui-ci est pourtant contraire aux traditions politiques de notre pays.

En effet, il affaiblirait le régime de concordance. Le système suisse se caractérise par le fait que différentes tendances politiques, culturelles et linguistiques sont représentées au gouvernement pour que les décisions qui y sont prises tiennent compte des sensibilités que l'on retrouve tant aux chambres fédérales que dans la population. Avec une élection majoritaire par le peuple, une représentation de ces différences serait rendue plus difficile et aléatoire.

Par ailleurs, les membres du Conseil fédéral seraient obligés de faire en permanence campagne pour être connus et reconnus de tous les Suisses. Au lieu de prendre les meilleures décisions pour le peuple suisse et de donner tout son temps à sa déjà très lourde charge, le Conseiller fédéral devra plaire, faire de la politique spectacle et communiquer à tout instant et dans tout le pays.

Enfin, les candidats romands, romanches ou italophones auraient beaucoup de difficultés à se faire élire par la majorité suisse-allemande. L'initiative prévoit certes un quota de deux membres de ces minorités, mais cette initiative ne permettrait plus que le gouvernement soit composé de trois conseillers fédéraux latins, comme cela est déjà arrivé par le passé. Ce projet augmenterait encore la force des candidats provenant de grands cantons (en particulier Zurich) dès lors qu'ils disposeront d'un bassin naturel d'électeurs plus important.

Ainsi, l'acceptation de cette initiative sonnerait le glas d'une certaine Suisse et d'une certaine façon de faire de la politique : simplicité, efficacité, et respect des minorités politiques, linguistiques et régionales. Sous couvert de donner la voix au peuple, l'UDC s'attaque à un pilier central de notre démocratie et de notre spécificité helvétique. Plus largement, ce parti montre le peu d'égard qu'il a pour le Tessin et la Suisse romande. L'UDC, parti de la défense des valeurs suisses ?

Article paru dans la Tribune de Genève du 23 mai 2013