Elections: l’Europe absente

C'est assez étonnant. Durant la prochaine législature Le Conseil fédéral et le Parlement devront prendre des positions publiques difficiles sur les relations de la Suisse avec l'Union européenne :puis les défendre devant les citoyens. Or, tandis qu'il reste à peine plus de deux semaines avant les élections fédérales, tant les candidats que les partis sont d'une discrétion sur le sujet qui laisse pantois. La peur de s'exposer est palpable. L'Europe inquiète et se présenter comme pro-européen ne semble guère payant du point de vue électoral. Absence d'analyse, de pédagogie : la parole critique de l'UDC n'est que timidement contredite. 

Pourtant, il y a des choses à dire. On parle beaucoup des crises de l'Union européenne. Le cas de la Grèce revient dans les propos. Il n'empêche que l'UE n'est pas passive dans cette affaire. Ses Etats membres ont été complètement bousculés par l'afflux effarant des migrants. Du point de vue politique, en amont, l'Europe a sa responsabilité quant aux événements qui ont conduit à cet afflux massif ; même si elle est un peu moins frappante que celle des Etats Unis. Que d'erreurs d'appréciation et de conflits que l'on a laissés pourrir. Toutefois retenons comme un point positif qu'une majorité forte des Etats membres de l'UE soit décidée à répartir des quotas, à établir des camps d'hébergement, à renforcer l'aide aux Etats voisins de premier accueil dans les régions ravagées par la guerre. Relevons aussi, que dans cette crise grave, la Suisse est partie prenante à la stratégie qu'il faut mettre en place. D'ailleurs pour ne pas voir les corrélations de toujours entre le Suisse et ses voisins européens, il n'y a que ceux qui ignorent notre histoire et se barricadent derrière des clichés simplificateurs. 

Nous sommes traumatisés par le succès de l'Initiative contre l'immigration de masse ; succès auquel ses auteurs ne croyaient pas. S'il est un regret que l'on peut nourrir, il tient à la minceur de l'engagement contre cette Initiative, tant des élus que des partis. On s'est réveillé avec une gueule de bois sans avoir eu l'ivresse d'un débat intense qui aurait dû s'instaurer. 

Mais aujourd'hui ? Certains ont lancé une Initiative visant à un nouveau vote populaire sur la libre circulation des personnes avec l'UE ; vote qui pourrait annuler à cet égard celui de février 2014. Il y a un danger avec cette démarche précipitée. Le peuple, - même des citoyens qui avaient voté non -, pourrait ne pas apprécier un manque de respect d'une décision prise par le souverain. Un sondage indique une réaction allant dans ce sens. Il faut que le Conseil fédéral aille jusqu'au bout de ses efforts de négociation avec Bruxelles dans le délai imparti. Si aucune marge de manœuvre ne se dégage, si l'impasse se confirme il sera alors temps, peut être en procédure d'urgence, de proposer un nouveau vote populaire. Enfin, telle est une façon de voir les choses. Cela mériterait discussions entre les candidats et les partis. En tout cas, on aimerait que les candidats, - non UDC bien sûr -, et les partis les portant osent mieux dire haut et fort que même si l'UE traverse des crises elle est indispensable ; que la Suisse, pour sa prospérité économique et financière source d'emplois, est concernée directement par ce qui se passe au sein de l'UE. Et puis, dans le registre d'une réflexion et d'une sensibilité plus historiques osons mieux affirmer que les problèmes de l'Europe sont largement les nôtres, que son destin est largement le nôtre. Soit, la question d'une adhésion n'est plus à l'ordre du jour ni évocable dans un calendrier prévisible. En revanche la question d'un lien institutionnel approprié avec l'UE, couvrant les accords bilatéraux et en permettant de nouveaux, relève, elle, d'une nécessité et d'une priorité politique. Même en attendant encore pour voir quelle piste serait ouverte dans les mois qui viennent entre l'application de l'Initiative contre l'immigration de masse et la relation avec l'UE, affirmons haut et fort que nous voulons cette relation et que nous nous battrons afin qu'elle ne soit pas altérée ; afin qu'elle soit, au contraire renforcée. Ce combat, il va devoir être mené fortement au cours de la prochaine législature. Alors, de grâce, les sourdines à la cave, les porte-voix en évidence.