Gauche - droite : vraiment ?

On fait beaucoup de cas du combat gauche-droite et on a quelques raisons : le rôle de l'Etat, la fiscalité, la place des entrepreneurs et indépendants, la responsabilité individuelle comme foyer vivant de notre organisation politique et sociale sont des valeurs qui séparent la gauche de la droite. Et nous avons et aurons bien à faire pour maintenir le curseur du côté de la liberté, de l'autonomie et de la responsabilité comme contrepoids à l'action étatique omnisciente et omnipotente.

Mais ce tableau est incomplet.

Une autre fracture traverse notre communauté genevoise. Celle qui partage les partisans de la croissance, d'un côté, des malthusiens et autres fatigués de la prospérité, de l'autre. Et là, force est de reconnaître que le frontière s'étire profondément à l'intérieur de chacun des partis gouvernementaux. Certaines formations penchent résolument pour une fermeture et une limite posée à la croissance considérée comme nuisance, surtout quand elle implique de construire pour accueillir des migrants. On peut citer l'UDC et potentiellement le MCG, même si le positionnement de cette formation est moins clair. L'alliance de gauche, qui entrera probablement au Parlement, se situera également dans ce bloc. Les Verts, même si le parti est partagé, ne peuvent certainement pas être mis du côté des partisans de la croissance. Cela fait donc beaucoup de monde. D'autant que ces idées trouvent des oreilles très accueillantes au sein de notre parti. Comme chez les Socialistes. Et, puisque Philippe Roch, qui soutient l'initiative ecopop, est PDC, on ne peut avoir d'assurance de ce côté non plus...

Est-ce inquiétant ? Un peu, oui.

Cela donne le sentiment d'une communauté tellement habituée à la prospérité que les questions du « comment la prospérité est possible ? », « qu'est-ce qui la favorise ? » et « comment on s'assure que les conditions de départ seront aussi bonnes pour la prochaine génération ? », ne se posent plus. Qu'on part du principe que ce lieu est béni des dieux et que tout ce que nous ferons ou déciderons n'aura pas d'impact négatif sur la prospérité future. Cela paraît pour le moins téméraire. Cela fait penser à ces pacifistes qui demandent la suppression de l'armée sous prétexte qu'elle n'a plus été mobilisée depuis bien des années...