Genève la protestante a-t-elle envie de faire la fête ? Est-il bien raisonnable d'utiliser de l'argent public pour divertir la population ? En dehors des rendez-vous historiques, à quoi peut bien servir une manifestation comme les Fêtes de Genève ou la Fête de la musique ?
Voici quelques questions qui ont toujours été inscrites dans les subconscients de la population et des organisateurs d'événements. Du pain et des jeux, telle fut la maxime de nombreuses cités pour distraire leurs habitants.
Organisateur d'événements est un métier dans lequel on n'improvise pas : passé le cap de la créativité, c'est la rigueur, l'expérience et le professionnalisme qui apporteront la réussite des manifestations de demain. Très critiquées ces derniers temps dans les médias et par la Ville, les Fêtes de Genève arrivent un peu en bout de course et elles n'ont malheureusement pas su prendre un nouveau virage, un nouveau souffle. L'équipe en place a certes beaucoup de volonté, mais on sent bien qu'elle n'y croit plus ! A trop vouloir bien faire (logistique, barrières, poubelles, saucisses, ...), et à vouloir faire plaisir à tout le monde, on en oublie l'essentiel : la créativité !
L'organisateur doit faire rêver, interloquer, surprendre. Ce n'est ni la grandeur d'un site ni le nombre de ses visiteurs qui doit guider la conception événementielle et il n'y a pas que l'argent. Certes, la municipalité octroie plus de 2 millions de francs pour 2 jours de Fête de la musique et 0.- pour 10 jours de Fêtes de Genève, ce qui a pour effet de les transformer en grand raout mercantile. Elles désintéressent les acteurs culturels, qui savent bien que le budget total des spectacles ne représente pas beaucoup plus qu'une petite fête campagnarde, en dehors du majestueux feu d'artifice.
Quand tout va mal, l'Etat, la Ville ou l'Office du tourisme dégaine l'arme absolue : l'appel à projets ou l'appel d'offres. Quand on veut construire un immeuble, on engage un architecte pour préparer l'appel d'offres ; quand on veut organiser une manifestation, c'est un collaborateur sans expérience qui s'y colle et le résultat est toujours catastrophique. Pourtant, rien de plus simple : le politique pourrait par exemple mandater un professionnel impartial qui a fait ses preuves dans un autre canton pour aider le fonctionnaire à réaliser un descriptif et un cahier des charges utiles et à aborder clairement les mécanismes financiers, et ainsi éviter de faire perdre du temps aux entreprises genevoises de l'événementiel.
Dans notre profession, le PPP (partenariat public privé) est à mon avis une des clefs de la réussite des fêtes de demain. L'Etat ou une structure paraétatique n'est pas formé aux métiers du spectacle et ce n'est d'ailleurs pas son rôle. Le Grand Théâtre n'est pas dirigé par les politiques, mais bien par des professionnels. Pour les manifestations, c'est la même chose. Le politique doit déterminer le mécanisme financier, par exemple 50% d'argent public, 50% d'argent privé, ainsi que l'objectif, et ensuite, chacun son travail.
Lors de mon expérience durant 3 ans à la tête de l'exploitation d'Expo02, j'ai apprécié le professionnalisme du Conseil fédéral, qui lui, s'était entouré en amont de spécialistes. Les choses étaient claires et cela m'a permis de rendre 20 millions à la Confédération. Durant mon mandat de 6 ans à la tête de la Revue Genevoise, là aussi, les choses étaient claires et j'ai rendu à la Ville quelques dizaines de milliers de francs. Le PPP peut très bien fonctionner : la Ville et l'Etat devraient s'en inspirer, par exemple pour les prochaines Fêtes de Genève ou la célébration du bicentenaire de l'entrée de Genève dans la Confédération.
Le peuple suisse, auquel j'appartiens, se sent toujours un peu coupable de dépenser les deniers publics pour organiser des festivités, mais tout ce qui peut nous faire quitter nos postes de télévision pour nous retrouver, ensemble, est bon à prendre.
Et n'oubliez jamais de faire la fête, la vie est trop courte !