Le dimanche 1er juin on aura fêté le deux centième anniversaire de l'arrivée par bateaux de contingents confédérés . Ce n'était pas rien mais ce n'était pas tout et les jeux n'étaient pas faits.
L'histoire des relations entre Genève et la Suisse n'est pas celle d'un coup de foudre suivi d'un mariage rapide. Face à la menace savoyarde, Genève eût bien voulu devenir canton suisse. Mais aux prises avec les divisions et les guerres de religion la Diète n'en voulut pas. Les cantons catholiques s'y opposaient. Deux fois la demande fut rejetée. Bref, après l'Escalade, ce fut en protégée de la France et en alliée de certains Confédérés que Genève poursuivit sa route remarquable et périlleuse de République indépendante.
Cette situation n'était plus durable. 1792 vit la Révolution genevoise éclater dans un prolongement de la Révolution française. Toutefois Genève semblait être reconnue comme faisant partie de la Neutralité helvétique vue au sens large : courte période. En 1798, tandis que la France imposait à la Suisse la République helvétique, elle annexait purement et simplement Genève. Voici celle-ci française durant quinze ans.
La chute de Napoléon va faire surgir des Genevois providentiels. On connait Pictet de Rochemont. On connait moins le rôle d'un Etienne Dumont, d'un Capo d'Istria, d'un Saladin et d'autres. Au moment du débarquement du 1er juin au Port noir, le fait positif était la volonté des Genevois de devenir Suisses. Mais rien n'était joué : ni à Paris avec les grandes puissances ni à Zurich où se reconstituait la Diète des cantons. La France par exemple, bien que vaincue aurait bien gardé Genève. La Savoie au plutôt le Royaume de Sardaigne restauré avait des visée. Quant aux Confédérés, ils n'imaginaient pas d'accueillir un canton trop restreint, complètement excentré, même pas relié sur terre à l'ensemble du territoire suisse. Il fallait donc obtenir un agrandissement de Genève par incorporation de nouveaux éléments, tant vers le pays de Gex que vers la Savoie. Et il fallait convaincre les Puissances alliées de la légitimité, de l'utilité d'une entrée de Genève dans la Confédération, laquelle serait neutre dans l'intérêt de l'équilibre européen. Le travail de persuasion auprès des chefs d'Etat, notamment du Tsar Alexandre 1er fut considérable. L'affaire prit bonne tournure dès septembre 1814, et près d'un an après le débarquement au Port noir, la procédure officielle pour l'entrée de Genève dans la Confédération s'ouvrit de manière irréversible.
Enfin la République de Genève, agrandie, devenait un Canton suisse « à perpétuité ». Et, plus encore depuis la création de la Suisse moderne en 1848, que serait Genève sans la Suisse ? Et cette dernière sans Genève ? Mais il aura fallu d'abord la si belle expression de l'esprit et du cœur d'un désir enfin partagé le 1er juin 1814.