J’ai mal à ma police

Jamais je n'aurais cru que j'écrirai un jour ces lignes. Le Je, peu habituel, traduit ici une émotion, l'indignation d'un homme politique libéral attaché aux institutions, convaincu que la démocratie, la sécurité et les libertés ont besoin d'organes de justice et de police qui les protègent et assurent un ordre permettant la vie en commun. Bref : un homme politique de droite prompt à défendre les policiers, lesquels assument à ses yeux des fonctions essentielles et nobles au service de la population. Il y a évidemment un corollaire. On veut des agents exemplaires dans leur manière d'agir et d'être.

Hélas, trois fois hélas. L'autre jour à la fête de la musique face à face avec deux policiers débraillés, en bermudas, juste reconnaissables par leur bandeau sur leur poitrine. Le vieux citoyen genevois que je suis n'a pu s'empêcher de leur dire que c'était honteux. Quelle image ! Ce lundi la Tribune en montre un, manifestant avec une cagoule pour couvrir son visage ; comme les casseurs masqués voulant éviter d'être identifiés. Devant une telle photo on ne peut que réagir par deux adjectifs : honteux et lâche. Mais on veut croire que beaucoup d'autres déplorent cette dérive.

Comment a-t-on pu, dans cette Cité, laisser les syndicats de police prendre une telle autonomie corporatiste perdant de vue l'essence même de la fonction : qui devrait être un engagement, un service autant qu'un métier.

Beaucoup de Citoyens ont le sentiment que le statut de policier genevois est enviable, si on l'évalue en termes comparatifs. Cela n'enlève rien au fait que la tâche est parfois lourde : heures supplémentaires, risques, charges administratives inutiles… Il y a de quoi discuter et nul doute que le Conseiller d'Etat Pierre Maudet, ministre responsable en est parfaitement conscient. Et il faut rendre hommage à tous ces hommes et ces femmes qui font ce dur et noble métier avec une belle âme chevillée au corps. Mais rien n'excuse la dérive. On se met à rêver d'une troupe qui, sans être lié à l'armée, n'en serait pas moins astreinte à une discipline militaire. Cela à Genève comme ailleurs.

Oui, messieurs, vous abîmez votre image et entamez votre légitimité. Comment des Citoyens genevois auxquels vous ferez une remontrance, infligerez une sanction pourront-ils l'accepter facilement dès lors qu'ils ne respecteront plus des fonctionnaires violant eux-mêmes la loi et leur règlement ? Il faut arrêter ce spectacle affligeant. A défaut, on ne comprendrait pas que des sanctions, des retenues de salaires ou autres mesures ne soient pas prises par l'autorité politique.

Oui, messieurs les policiers nous, citoyens genevois, patriotes de toujours et soutiens d'un ordre démocratique, nous supportons mal que vous nous offriez l'image de votre désordre interne et de votre perte de repères. Ressaisissez vous.