L’école pour tous…même les meilleurs

A l'heure de la rentrée, il vaut la peine de faire quelques constatations sur l'état de l'école à Genève.

Tout d'abord, force est de constater que le recrutement majeur (plus de 500 instituteurs !) qui a été opéré dans le canton a été un succès. L'impact réuni de la retraite anticipée et du début de l'école fixé plus tôt par Harmos ont pu être maîtrisés. Il y a plusieurs raisons à cela. D'abord, l'attrait reste fort d'occuper la position de fonctionnaire dans un monde où le travail devient une denrée précaire. Mais il y a plus. La fonction publique garde un attrait intrinsèque indéniable pour toute une partie des jeunes universitaires. En effet, il est peu de carrières qui proposent en elles-mêmes de poursuivre un but idéal : la diffusion du savoir et la préparation des générations futures à faire face au monde. Qu'on le veuille ou non, c'est aussi ça qui motive ceux qui cherchent un emploi et on peut s'en réjouir.

Si l'on observe l'activité de la Commission de l'Éducation (qui regroupe aussi la Culture et le Sport, mais si peu…) on ne peut qu'être frappé par la multiplicité des demandes d'heures de cours supplémentaires dans certaines matières. Il y eut le latin, puis le grec, puis les sciences expérimentales, puis la bureautique, puis la gymnastique…n'en jetez plus ! Pour satisfaire à toutes ces demandes, on en viendrait bientôt à la semaine de cycle de soixante heures… On peut voir là une succession de défense d'intérêts particuliers ou – pire - corporatistes. Pourtant il faut constater que les arguments avancés allaient tous dans le sens d'une préparation des jeunes pour se mesurer à une vie économique toujours plus exigeantes, et que les professeurs de telle matière voient très bien en quoi leur enseignement contribue à cette préparation. Là aussi, il y cette envie de tirer les élèves vers le haut.

Enfin, un épisode est méconnu mais vaut la peine d'être relevé. Plusieurs élèves sont venus défendre la liberté de choisir ses options à l'entrée du collège dans un vaste catalogue qui peut paraître avoir une faible cohérence. Une bonne partie de la commission a été très impressionnée par la curiosité et le désir d'apprendre de ces jeunes. Leur discours : le collège est le dernier moment où l'on puisse véritablement s'ouvrir l'esprit. Après vient l'université et une indispensable spécialisation. Laissez-nous donc finir nos « humanités » avec le plus de liberté possible. Une vraie ambition de devenir des femmes et des hommes accomplis les poussait à apprendre le plus possible. Non pas pour en faire le moins possible, mais pour cueillir le plus de fruits possibles et pour jeter des ponts entre des matières qu'on imagine pas toujours. Nul doute que Genève aura un grand avantage à avoir des gens de cette trempe au travail dans 10 ans.

La conclusion qu'il convient de tirer de tout cela : ne pas se lamenter sur le sort de l'école, ne pas en baisser les exigences au nom de ceux qui ont des problèmes , mais la garder ouverte et motivante. Même pour les meilleurs.