L’UDC fait un faux calcul

Les dernières prévisions annoncent une hausse assez spectaculaire des dépenses pour l'asile. Des politiciens de droite s'en inquiètent. Ceux de gauche, à leur habitude, relativisent le risque. Il suffira, disent-ils, que nombre de requérants soient régularisés, soient en voie d'intégration pour que les dépenses qu'ils provoquent baissent ,voire disparaissent. Et puis, il y aura la diminution du temps de procédure menant à l'admission ou au renvoi. 

Voilà qui est sous évaluer toutes les dépenses liées à l'hébergement, puis à l'intégration. Enfin, il faut prévoir des flux croissants de migrants. Allons, soyons lucides, les dépenses en regard de l'asile, des migrants en général vont fatalement augmenter. L'UDC, sur ce point, voit très probablement plus juste que la Gauche. 

Mais alors, quelle mauvaise conclusion elle en tire ! Afin de compenser ces dépenses croissantes il faudrait diminuer d'autant celles affectées à la coopération au développement. Seigneur, protégez nous de ces politiciens qui sont les champions athlétiques des sprints pour unijambistes. Voyons un peu plus loin que le bout du nez. Si, à terme, on veut se préserver des secousses migratoires, il faut que dans les pays vulnérables s'instaurent ou se rétablissent plus de sécurité humaine et juridique, plus de formation scolaire et professionnelle, plus d'investissements et d'actions influençant favorablement le développement économique et le niveau de vie. Il faut que la jeunesse ait un avenir autre que d'émigrer, souvent en catastrophe. 

Il est évident que nous sommes devant des impératifs qui doivent dicter une politique. A court terme, il y a l'attitude humanitaire, morale qui demande que nous fassions notre part européenne dans l'accueil des migrants. Il s'agit de le faire avec nos exigences posées aux arrivants ; mais aussi avec un esprit de solidarité envers des personnes en détresse et vis-à-vis de nos partenaires européens. Cela étant, il faut constamment mener une politique axée sur le long terme. Depuis des décennies, l'engagement humanitaire et la coopération au développement sont des éléments essentiels de notre politique étrangère et de sécurité. En politique, il arrive que la promotion des intérêts d'un pays s'écarte nécessairement de considérations purement morales. C'est le cas chaque fois qu'une démocratie a des échanges de toutes sortes avec des Etats peu soucieux des droites de l'homme. Il faut assumer cette part de l'ombre. Mais, en l'occurrence, la morale, la préoccupation humanitaire vont de pair avec une réflexion lucide sur nos intérêts et notre sécurité. C'est dans un monde plus équilibré, plus juste que la Suisse évitera le mieux les risques d'une migration difficilement contrôlable. En menant une telle politique d'ensemble, elle apportera sa pierre à la construction d'un monde moins inflammable. Elle le fera autant pour elle que pour tous. Le premier parti numérique de Suisse préfère la calculette à une vision politique d'envergure. Ce n'est pas une manière intelligente de s'engager pour son avenir.