L’UDC stoppée mais les problèmes demeurent

Le refus populaire de I'Initiative de l'UDC, dite de mise en oeuvre de la précédente, est un motif de soulagement. Les observateurs n'ont pas manqué de souligner le coup d'arrêt porté à l'UDC grâce à une très grande mobilisation des opposants. Ce refus est heureux pour plusieurs raisons, bien saisies par la majorité des votants. Et beaucoup d'abstentionnistes habituels ont compris, cette fois, qu'il fallait voter. Cette Initiative allait trop loin quant à la définition des délits pouvant justifier l'expulsion d'étrangers. Elle n'en laissait pas moins des lacunes à cet égard. Elle ne laissait plus la marge d'appréciation nécessaire au Juge pour décider ou non d'une expulsion. Surtout, elle déséquilibrait le jeu démocratique, car l'UDC avait lancé cette Initiative de mise en ouvre avant même que la Loi d'application de la première ait été mise sous toit par le Parlement. On était dans la confusion des pouvoirs, dans l'appel à une méfiance viscérale envers le Parlement. C'était bel et bien l'équilibre de nos Institutions et la véritable place de la Démocratie directe qui étaient en cause. On peut espérer un recadrage durable et une prise de conscience de l'UDC . Premier parti de Suisse en force électorale, ayant retrouvé ses deux Conseillers fédéraux, elle devrait mieux trouver une ligne compatible avec l'esprit de nos Instituions.

Cela étant, remettons aussi les pendules à l'heure. L'Initiative première visant les criminels et délinquants étrangers a été acceptée par le Peuple et les Cantons. Elle doit être respectée. La loi d'application, dure mais juste, devra l'être aussi. En toute considération pour le Pouvoir judiciaire, disons que des Juges qui invoqueraient trop souvent l'intérêt du délinquant à ne pas être expulsé donneraient des arguments à l'UDC pour repasser à l'offensive. Les Juges n'ont certes pas à s'aligner sur des positions de politiciens. Ils ont leur liberté d'appréciation dans les marges de la Loi. Mais ils n'ont pas non plus à tirer l'application de cette Loi vers des préférences idéologiques personnelles. L'appréciation des cas de rigueur s'opposant à l'expulsion devrait être,--souhaitons le,--, humaine dans des cas précis mais généralement la plus objective possible et nécessairement juste mais dure. 

A vrai dire, l'inquiétude majeure ne tient pas tellement à cette proportion d'étrangers délinquants. L'insécurité en Suisse ne vient pas que des étrangers. Elle est réelle, ne doit pas être banalisée mais non plus dramatisée. Il n'empêche que les incidents de Cologne et dans d'autres villes allemandes, voire dans d'autre pays ont mis le doigt sur une difficulté culturelle d'assimilation à nos valeurs, à nos règles chez des migrants musulmans. Pas d'amalgame, pas de généralisation diabolisante : on est d'accord. Mais les faits sont là et ils sont têtus. Il a fallu des siècles à nos Sociétés européennes pour conjuguer des héritages longtemps antagonistes. Elles sont imprégnées d'une forte histoire chrétienne. Elles ont élargi leur horizon avec le siècle des lumières. Elles ont, plus ou moins pour certaines, surmonté les ténèbres et les horreurs de la période des totalitarismes. Elles ont ancré le principe cardinal de la laïcité et donc la séparation du religieux et du politique. Elles ont laborieusement tiré la liberté de la femme à la hauteur de celle de l'homme. Tout cela forme un socle, un facteur essentiel de cohésion. Or, même pour certains Musulmans dits modérés, éloignés de tout extrémisme, de toute délinquance, adhérer de coeur et d'esprit à cet héritage délicat n'est pas évident. Pourtant, c'est une condition sine qua non pour l'équilibre de nos sociétés. En ce qui les concerne, nos autorités fédérales et cantonales devraient avoir les paroles et les actions les plus claires qui soient ; loin des propos élastiques relativisant l'enjeu. Il ne s'agit pas de tomber dans les abus de langage qui évoquent une guerre de civilisation. Il importe, tout simplement, d'affirmer ce qui est, ce qui doit être et d'imposer les règles du jeu. C'est dans ce contexte, par exemple, que le foulard doit être proscrit chez les titulaires d'une fonction publique ; que la mixité dans les établissements publics doit être la règle…Nous sommes dans une époque charnière. Serons-nous encore maîtres de notre destin, aptes à guider les évolutions ? Ou bien serons-nous des bouchons passifs flottant sur des eaux inconnues et voués à la dilution d'une identité forgée par l'histoire ? Que d'erreurs déjà, avec bien sûr des responsabilités partagées ! les banlieues françaises, les quartiers hors contrôle dans les villes anglaises, de même à Bruxelles et ailleurs : quel échec historique ! l'Europe n'a pas su voir venir et elle en paie le prix. Cela ne veut pas dire qu'il ne faille pas accueillir, comprendre, respecter l'autre dans sa culture, ce qu'il est. Mais cette ouverture doit se faire dans le cadre nécessaire et exigible. 

Cela étant, la crise des Migrants, comme on dit, renvoie aux échecs politiques et militaires des Occidentaux en libye, en Irak, en Syrie et ailleurs. Tout ce que la Suisse peut et pourra faire afin de contribuer aux efforts d'apaisement permettant aussi des retours, elle le doit. Et puis, naturellement, elle doit, en concertation mais non sans précaution, assumer sa part de l'accueil humain de ces migrants en détresse ; que cet accueil soit temporaire ou durable. 

En définitive, rien n'est simple, tout est devenu hasardeux. Il n'en faut que davantage des paroles et des actions claires, des repères et des critères visibles, reconnus. Il nous faut des hommes et des femmes d'Etat. La dilution et la confusion, en politique, sont les ferments des maux à venir.