Main et voile : le test de valeurs

L'autre jour, dans une émission de la télévision romande, une Conseillère nationale socialiste s'emberlificotait avec une argumentation peu compréhensible au sujet du fait révélé dans une école de Bâle campagne. Deux adolescents musulmans ont refusé de serrer la main de la maîtresse de classe, laquelle accueille ainsi chaque jour ses élèves. La députée relativise. Il ne s'agit pas d'une atteinte à des valeurs fondamentales. Laissons ces cas rares être gérés de manière pragmatique par les intéressés : en l'occurrence la direction de l'école et les parents. N'en faisons pas une affaire nationale. Cela, bien qu'elle comprenne des réactions choquées au sein même de son parti. Mais passons à autre chose, dit-elle en substance. 

Heureusement qu'il y a des figures politiques qui, d'un seul regard, ont compris l'enjeu ; à commencer par la Conseillère fédérale socialiste Simonetta Somarugua. Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que cette ministre démontre sa clarté d'esprit. L'argument insistant sur la rareté de ce genre de faits est aussi faible qu'inquiétant. D'ailleurs, on apprenait qu'un fait similaire avait lieu dans une école genevoise. Evidemment, il semble pratique de ne pas en parler et de passer là-dessus comme chat sur braise. Or, si le pragmatisme, la négociation si helvétique, à laquelle se référait la députée socialiste, a ses vertus, il ne s'agit plus de cela lorsque l'on touche aux conditions de notre vie sociale et aux valeurs portant cohésion de notre société. On est ici en face d'une attitude séparant les hommes et les femmes, indiquant une idée de péché pour l'homme qui toucherait la main d'une femme en guise de salut. Ce serait contraire à la religion. Tels furent les propos du père. Comment ne pas dire que c'est inadmissible. Aucun discours sur la tolérance, la compréhension d'une culture particulière ne saurait le justifier. Aujourd'hui, une majorité des élèves musulmans en Suisse ne s'aligne pas sur cette répulsion distante envers la femme. Mais demain ? Des études très sérieuses montrent que le courant salafiste gagne du terrain chez les Musulmans d'Europe. Il y a une affirmation forte qui ébranle les modérés et pourrait finir par les impressionner assez pour qu'ils s'alignent ; ne serait-ce que pour ne pas être chahutés par leurs coreligionnaires militants. On imagine la suite. Séparation dans les bus. Classes non mixtes. Piscines etc… 

Non, le pragmatisme, la négociation cas par cas ne sont pas des solutions. C'est maintenant, sans attendre, qu'il faut marquer les positions au nom de nos valeurs ; auxquelles tout résidant chez nous doit se conformer. Oh, il n'y a rien de tyrannique. Ce sont des fermetés sur des points précis au nom de valeurs reconnaissables. 

Il est souvent question aussi du voile. On peut hésiter sur l'interdiction ou non du voile sur les cheveux pour les élèves filles de l'école publique. Il est vrai que l'attitude n'est pas la même que celle de garçons refusant de serrer la main d'une enseignante. Toutefois, une augmentation des cas de voile, sous pressions familiales et des entourages, pourrait instaurer un climat ambigu. En revanche, on ne saurait hésiter sur l'interdiction, pour des représentantes de l'Etat, enseignantes ou autres fonctionnaires, de porter le voile. Il y aurait là une contradiction trop visible avec la neutralité religieuse de l'Etat et le principe de laïcité. Et que l'on ne vienne pas comparer le voile avec de petites croix discrètes que l'on devine parfois autour du cou. La distance ostensiblement marquée par des Musulmanes vis à vis de l'Etat laïque, garant de l'égalité des sexes, ne peut être banalisée. Si l'on observe nos voisins d'Europe occidentale, quelles conséquences funestes, découlant en partie d'un renoncement à l'affirmation constante des valeurs repères ! Au nom du respect, si mal réfléchi, de la diversité on a peut être contribué à planter des germes de guerre civile. Dramatisation irréaliste ? Peut être. Il faut l'espérer. Incitation au populisme xénophobe ? Non. On peut maitriser le cours des choses, mais à une condition : savoir où être tolérant, ouvert ; et où être ferme, exigeant. Il importe de tenir cette ligne aujourd'hui, alors qu'il est encore temps. Merci, madame la Conseillère fédérale de nous l'avoir parfaitement rappelé.