Curieusement, la publication, par le Conseil d'Etat, de la version définitive de sa politique de mobilité à l'horizon 2030 a suscité fort peu de commentaires. Pourtant, cette version a été sensiblement remaniée à la suite d'une large consultation. Le GTE avait fait part de ses critiques. Sur plusieurs points, ses remarques ont été intégrées. La vigilance reste cependant de mise, car la mise en œuvre de Mobilités 2030, document dépourvu de base légale, exigera des programmes que le Grand Conseil devra valider et dont il faudra trouver le financement. Le tout, en particulier la restriction de la circulation dans le cœur de l'agglomération, repose sur la réalisation de la traversée du lac. Sans ce périphérique, la concrétisation de Mobilités 2030 se heurtera à des résistances systématiques de la part des entreprises dont les conditions de circulation empirent sans cesse.
A notre satisfaction, le texte ne transpire plus la critique de la croissance. L'apport du dynamisme économique genevois au bien-être de la région est reconnu et vu comme un défi à relever en matière de circulation. Les étapes du projet sont explicitées et le chapitre « financement » (près de 14 milliards) a été développé. Les automobilistes font moins figure de moutons noirs. Les deux-roues motorisés sont considérés comme un mode de déplacement à part entière et non plus comme une sorte de mal nécessaire. Enfin, la dimension touristique a été intégrée.
Reste des points de vigilance. Mobilités 2030 repose toujours sur la traversée du lac à l'horizon 2030. En l'absence d'un plan B, le canton devra présenter un visage uni face à la Confédération, qui tient les cordons de la bourse. La légère hausse de la capacité routière prévue repose exclusivement sur l'élargissement de l'autoroute et la création de plusieurs jonctions. L'accès au centre devrait être réduit avec une priorisation des transports publics, une nouvelle distribution de l'espace en faveur de la mobilité douce, des transports professionnels et de la « qualité de vie » en général.
Jamais, les entreprises ne sont autant plaintes des difficultés de circulation. Au point certaines commencent à se demander si elles ne devraient pas implanter leurs extensions futures dans d'autres cantons. Le GTE suivra donc avec vigilance la mise en œuvre de Mobilités 2030 pour que les besoins des entreprises soient dûment pris en compte.
Nathalie Hardyn
Présidente du GTE
Article paru dans la Tribune de Genève du 10 juin 2013, rubrique « expert mobilité »