En France, des intellectuels de haut vol s'insurgent contre les projets de réforme scolaire et la direction que la ministre de l'éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem veut imposer à l'école. Jean D'Ormesson évoque Attila. Bien sûr la comparaison parait énorme. La jeune ministre a un frais visage et une expression innocente. Elle est pleine de <bonnes style="line-height: 1.6em; color: inherit;">. Egalité des chances, rencontre de l'école avec la diversité culturelle : une réalité de la France d'aujourd'hui. Mais ce que Jean d'Ormesson évoque est la fameuse phrase : là où Attila passe l'herbe ne repousse jamais. Autrement dit, si l'école voit ses programmes être chamboulés, des pivots traditionnels être relativisés c'est toute une orientation de la formation et de la culture françaises qui en sera durablement sinon inexorablement modifiée. En guise de réplique aux intellectuels qui la contestent, la ministre a déclaré qu'elle préférait l'excellence républicaine à l'excellence dynastique. Le message est clair. Ces d'Ormesson et autre privilégiés sociaux voient dans le latin, le grec, l'histoire nationale, avec ses repères de toujours, le socle autour duquel cette élite de naissance, ce cercle restreint monopolisent la culture, les parcours scolaires et universitaires (grandes écoles), les réseaux, le langage codé des initiés. Or, cette République nourrie de ses diversités, de son métissage croissant, de la cohabitation entre plusieurs héritages historique, religieux et philosophique dont aucun n'a droit à une prééminence n'aurait plus besoin des critères de cette excellence dynastique. Le vécu et le ressenti personnels de la jeune ministre issue de l'immigration sont évidemment frappants dans toute cette démarche. Mais cette dernière est cautionnée sans grande réflexion par le Président et le Premier ministre.</bonnes>
Alors oui, Jean d'Ormesson et les autres ont raison de crier au feu. Que serait la France sans ses racines grecque et romaine qui ont forgé sa langue ? Que serait-elle sans le Moyen âge chrétien qui a laissé une église dans quasiment tous ses villages et des cathédrales dans ses grandes cités ? Que serait-elle sans le long effort vers l'unité à travers les crises les guerres civiles, les rois, les républiques successives. Mais que serait la France sans l'emprunte artistique et culturelle de la renaissance, sans la trace vive du siècle des lumières ?
Evidemment qu'il y a eu sans cesse les apports des immigrés. Mais, jusqu'à il y a peu, les uns et les autres, sans perdre leurs particularités, étaient absorbés par cet héritage. L'Africain Léopold Senghor voisinait à Normale sup avec Georges Pompidou pour l'agrégation de lettres. Il n'en avait pas pour autant, que l'on sache, renié ses origines. Que beaucoup d'élèves, et évidemment ceux dits des banlieues, n'aient cure du grec, du latin, des églises romanes, et de tout le reste n'enlève rien à la valeur de ces repères, à une culture qui donne une emprunte à l'ensemble. L'excellence élitaire peut aspirer une méritocratie de la République. Personne ne dit que le défi soit facile. Mais la réponse ministérielle est assurément destructrice du cœur français.
On dira peut être que ce propos sur la France est déplacé de la part d'un Suisse, d'un Genevois. N'avons-nous pas nos propres débats ? Non, cette affaire ne nous est pas étrangère. La France nous influence, nous imbibe. L'évolution des programmes d'histoire dans la perspective des maturités cantonales est inquiétante. Avec un temps de retard nous risquons de suivre les mêmes dérives, d'être gagnés par les mêmes mouvements de dilution, de perte d'identité historique et culturelle. La résistance à tout cela doit être aussi notre combat.