Si j'avais été élu ce dimanche dans un "grand" Conseil municipal, l'un de ceux où l'on s'envoie à la figure invectives et insultes, où l'on s'oppose par principe à tout ce qui vient des autres, où l'on déclame pendant des heures pour la galerie (ou dans le pire des cas, pour la télévision), ce que d'autres ont déjà dit, si j'avais été élu dans l'une de ces nobles enceintes, je prendrais l'initiative de proposer à tous les groupes un « Accord sur les Méthodes ».
Je suis convaincu que les électeurs n'attendent pas de nous de prétendues joutes oratoires pour lesquelles il faut, si l'on veut vraiment les tenir, un talent particulier dont peu d'entre nous sont dotés. Les citoyens veulent des représentants dignes, qui examinent sérieusement les moyens de les aider à vivre mieux, à dépenser efficacement les impôts que nous payons.
Cela n'exclut pas le combat politique, au contraire. Idée contre idée, projet contre projet, conservateur contre innovateur, et même, soyons fou, gauche contre droite. Mais je doute que nos électeurs souhaitent des oppositions systématiques, des tactiques uniquement dilatoires, sans parler des vociférations et autres dérapages infâmes que nous avons connus cet hiver tant au Grand Conseil qu'au municipal de la Ville et dont on voit où ils sont en train de conduire leurs auteurs : dans les oubliettes de la petite histoire politique genevoise. Le pourrissement de la vie politique amuse la galerie ou quelques cyniques amateurs de dérapages, il met le feu aux commentaires des courageux anonymes qui déversent leur rancœur ou leur haine dans les blogs ou sur Facebook. Pour le reste, je crains que ces débordements ne fassent un jour le lit d'un système bien moins démocratique.
Notre Canton a parfois vu un groupe de responsables politiques se donner la tâche de réfléchir sur le fond et dans le calme à une question qui dépasse la seule lutte politique. Un groupe l'a fait sur les problèmes causés par le commerce du cannabis, un autre semble se constituer dans le cadre du Grand Conseil pour les questions de mobilité, sous la conduite de Daniel Zaugg. Ces contacts réclament souvent une certaine discrétion, la capacité et la volonté d'écouter ce que l'autre a à dire. Et un zest de modestie.
Cela dit, on peut remercier certains vociférant d'avoir attiré l'attention publique sur de vrais problèmes, tout comme la fièvre ou le pus signale une maladie ou une infection. Mais nos concitoyens se sont enfin rendu compte que ceux qui parlent le plus fort ont rarement les meilleures solutions à proposer. Il était temps.
Mais je suis élu à Pregny-Chambésy, une petite commune où l'on respecte ses adversaires, où l'on veut pouvoir se regarder en face un lendemain de séance.
Mais la proposition reste sur la table si l'un ou l'autre des Grands Conseils voulait tenter l'expérience.