Après Paris, Bruxelles ; au cœur de l'idée européenne. Les terroristes ont une base arrière et un support idéologique : Daech. Eux-mêmes sont, le plus souvent à ce qu'il semble, de tristes délinquants qui trouvent comme une sorte de transcendance diabolique. Assassins de masse et martyrs. On le constate : les mesures de sécurité, la coordination nationale et internationale des polices, des services de renseignement n'a pas suffi, même si elle a évité beaucoup de drames potentiels. Il va falloir intensifier encore tous ces efforts. Nous devrons nous habituer aux contrôles tracassiers renforcés. Par ailleurs, nous savons bien que les causes de ce terrible état de fait sont multiples. Il y a les anciennes déstabilisations régionales, des états mal ancrés dans leurs sociétés, les effets de la colonisation puis de la décolonisation, le sous-développement à nos portes, la non intégration dans les banlieues européennes d'une jeunesse musulmane sans vrais repères culturels et religieux mais avec des réflexes de rejet envers ceux dont ils se sentent exclus. Tout cela demande des analyses complètes . Rien n'est simple. L'action à mener est aux multiples fronts. Il n' y a pas d'autre choix que de la mener, tout en essayant aussi de maitriser la lourde crise des migrants en masse. Cette dernière nous met en face d'exigences humanitaires, morales, culturelles et sécuritaires.
Lorsque l'on a dit tout cela, on doit bien se résoudre à une prédiction peu rassurante. En Europe de l'ouest, en tout cas, nous avons vécu durant plusieurs décennies dans une situation privilégiée à tous égards. Nous avions oublié que c'était presque une anomalie dans l'histoire de notre continent. Il va falloir, tout en soutenant les mesures indispensables, admettre que allons avoir à vivre avec un danger permanent dissimulé au milieu de nous, dans le cours de notre existence quotidienne. Et il faut continuer à mener notre existence, sans nous laisser impressionner le moins du monde, en mettant la peur de côté, en attachant peut être encore plus de prix à ce sel de la vie dont nous avons parfois perdu le goût précieux. Dans le Royaume Uni en guerre, les Anglais rassemblés derrière Churchill n'ont pas tremblé. Les Citoyens et habitants de nos démocraties européennes ne doivent pas trembler. A la fin, fût-ce avec du sang et des larmes, nos démocraties sont faites pour l'emporter sur tous les ennemis de tous genre.
Mais si chacun doit être prêt à la plus grande fermeté, il y a un front crucial à tenir : celui de nos valeurs. Sans faiblesse, sans aucune tentation de les relativiser, nous devons les affirmer : liberté personnelle, égalité des droits, notamment entre hommes et femmes, respect des convictions mais dans le cadre garanti par l'Etat, laïcité…Oui c'est le moment de savoir et de dire mieux qui nous sommes, ce que sont nos sociétés démocratiques, ce que nous tolérons, ce que nous refusons, ce que nous attendons de ceux qui partagent notre quotidien, d'où qu'ils viennent. Le danger a cette vertu de nous ramener à nous-mêmes.
Et puis on a envie d'ajouter autre chose. Ces horreurs de Bruxelles ont eu lieu peu avant les fêtes de Pâques chrétiennes. Jeudi, avait lieu l'enterrement de Francesca Pometta, qui fut la première femme ambassadeur de Suisse. La messe fut belle et le prêtre eut des mots forts. L'Ambassadeur Pometta a été une diplomate engagée au service de son pays et aussi pour le dialogue, la paix. Ferme sur les principes, fondamentalement honnête, parlant vrai, crédible et humaine. Or, elle a été une femme viscéralement attachée à sa foi chrétienne. Précisément, le prêtre se référa à la lettre de Paul aux Galates et au passage où Jésus, trois jours après sa mort, chemine à côté de deux disciples qui ne le reconnaissent pas. Passages extraordinaires où l'on trouve l'ouverture à tous les peuples, l'égalité entre les hommes, entre eux et les femmes ; et puis cette idée que la présence est intérieure à chacun, visible avec les yeux de la foi : aimer pour voir, voir en aimant. Le contraste était saisissant entre ces instants passés dans une église et les événements tragiques advenus en Belgique. Face au terrorisme, il y a nos valeurs. Il y a également nos racines à revivifier en nous. Nos pays européens doivent être ouverts à tous les apports qui ont contribué à les façonner. Il n'en demeure pas moins qu'un héritage essentiel est l'héritage chrétien, porteur d'un message inouï. Que les églises aient tellement trahi ce message, que les lectures littérales de la Bible ne soient plus crédibles, que la présence divine, l'au delà de la mort appartiennent à un mystère inatteignable par la science humaine, même en progrès vertigineux et constants : tout cela ne change rien au fait que le meilleur du message chrétien est un socle, une confiance, une espérance, une référence pour être et agir. En avoir conscience, le ressentir fortement en ces jours de pâques, c'est affirmer haut et fort que le souffle de vie et d'amour, parmi les hommes et en chaque homme est infiniment plus beau et puissant que tous les souffles noirs des engins de mort.