Quai Gustave-Ador : refusons la paralysie !

Genève compterait désormais une soixantaine d'ingénieurs de la circulation. Résultat de cette inflation ? Un peu désespérant, en tout cas pour celles et ceux qui en subissent les effets jour après jour : de nombreux spécialistes et pourtant Genève est paralysée par les embouteillages, polluée par des milliers de voitures immobilisées, dont les moteurs tournent pour rien.

La mission de ces experts est-elle de fluidifier la circulation ou, au contraire, de décourager les automobilistes, en multipliant chicanes et feux rouges ? On peut se le demander. Mais, ce qui est regrettable, c'est le refus de toute concertation, de tout dialogue. Ils ne prennent même plus la peine de répondre à ceux qui pourraient ne pas partager leur vision.

Ainsi, inquiètes du projet d'aménagement du Quai Gustave Ador, les Autorités de cinq communes – Hermance, Anières, Corsier, Collonge-Bellerive et Cologny – ont écrit, en août dernier, au Département de l'Urbanisme. Puis, en octobre, relancé la Direction générale de la Mobilité. Ces cinq communes attendent toujours une réponse à leur demande de rendez-vous…

Les ingénieurs auraient-ils pris conscience de la difficulté de justifier l'énormité de certaines de leurs affirmations ? En effet, qui peut les croire quand ils prétendent que supprimer l'une des deux voies de circulation en direction de Genève et installer cinq feux rouges supplémentaires va « fluidifier le trafic » ? Certains matins de pluie, la file des véhicules descendant en ville s'allonge jusque vers la Nautique. Avec une unique voie de circulation, jusqu'où remontera-t-elle ?

Ne serait-il pas temps de tirer les leçons des expériences faites à la Servette ou sur la route de Chancy, que le TCS n'hésite pas à qualifier de « catastrophe absolue » ? Ou, au contraire, dans leur croisade anti-voitures, nos experts en (im)mobilité entendent-ils justement généraliser cette paralysie ?

Autre singulière aberration : vouloir installer une piste cyclable à la place de la voie de circulation supprimée. C'est vraiment génial : aggravant l'embouteillage, on obligerait ensuite les cyclistes à respirer cette pollution à pleins poumons, alors que ceux-ci ont compris depuis longtemps qu'il est bien plus agréable de pédaler en contre-bas, sur le quai marchand, au bord de l'eau, loin des pots d'échappements…

Quant aux interdictions de rejoindre la rue des Eaux-Vives depuis la voie de Gustave-Ador menant en ville, il suffit de connaître un peu le quartier pour comprendre qu'elles généreront une vaste pagaille, surtout si le projet de neutraliser la rue de Montchoisy se concrétise. Face à de telles absurdités, ne serait-il pas urgent que les politiques reprennent le contrôle de leurs experts ?

Francine de Planta, Conseillère administrative, Collonge-Bellerive,

5 mars 2014