Quel avenir pour la Suisse sans secret bancaire?

Nous voyons souvent dans des films que des personnes fortunées viennent en Suisse avec des valises contenant de l'argent « sale » afin de déposer leur argent dans une banque. Ces films ne sont plus d'actualité : les clients venant dans ce pays neutre, afin d'y déposer leurs capitaux ne recherchent plus à se soustraire aux impôts, mais sont attirés par d'autres facteurs (stabilité politique, monétaire, savoir-faire) qui font de la Suisse, un territoire toujours attractif pour y déposer leur argent. Les personnes ne viennent plus en Suisse avec de l'argent non déclaré, puisque le secret bancaire pour les ressortissants étrangers n'existe plus. En effet, les autorités fiscales helvétiques peuvent maintenant envoyer des informations concernant les relations bancaires de leurs clients à des Etats tiers. Hollywood devra alors changer ses futurs scénarios...

Le peuple suisse sait qu'aujourd'hui, le secret bancaire pour les clients venant de l'étranger n'est plus qu'un songe. Les banques n'acceptent plus l'argent de clients voulant échapper au fisc de leur pays, les autorités fiscales italiennes arrêtent depuis quelques mois des ressortissants italiens faisant le chemin inverse avec leurs billets de banque, et l'année passée la Suisse a ratifié l'accord sur l'échange automatique d'informations avec l'Union Européenne et les Etats-Unis. Tous ces exemples nous font prendre conscience qu'il ne faut plus penser au passé, mais que nous devons nous occuper du futur de notre place financière. Celle-ci rapporte des sommes astronomiques dans les caisses publiques et de nombreuses places de travail en découlent directement ou indirectement. Les banques doivent maintenant être capables de ne faire des profits qu'avec de l'argent « propre ». <o:p></o:p>

Certains annoncent une situation de crise en Suisse ces prochaines années, d'autres prévoient de développer certains secteurs (gestion de fortune déclarée); ce qui est sûre, c'est que le secret bancaire a été enterré définitivement par l'échange automatique d'informations. <o:p></o:p>

Economiquement, le secret bancaire a été un facteur très important, puisqu'il a contribué fortement à ce que notre place financière soit attractive aux yeux de personnes fortunées voulant payer moins d'impôts. Nous devons savoir que le secteur bancaire a une importance considérable en Suisse. En 2000, les banques suisses avaient fait un bénéfice de 19,51milliards de francs. 117'000 emplois découlaient du domaines bancaire. De tous ces chiffres, nous pouvons en résumer que la Suisse est très dépendante de ce secteur. Il lui rapporte énormément : il pèse plus de 14% du PIB suisse. C'est pour cette raison que la Suisse ne peut pas se permettre de laisser tomber ce secteur. Nous savons maintenant pourquoi notre gouvernement s'est très impliqué dans ce dossier. De plus, en 2001, nos banques géraient plus de 28'000 milliards de dollars US. Plus de la moitié de cet argent venait de l'étranger. Nous comprenons maintenant que les fonds étrangers sont très importants pour nos établissements bancaires. C'est pour cela qu'on a essayé de protéger notre secret bancaire (même la gauche) jusqu'à la fin. <o:p></o:p>

Situation actuelle <o:p></o:p>

Actuellement, la Suisse ne subit plus de pressions de la part de l'Union Européenne et des Etats-Unis. En effet, les nombreuses pressions s'exerçant à l'encontre de notre pays ont pris fin le 6 mai 2014 avec la signature de l'accord sur l'échange automatique d'informations. Ce traité ratifié avec l'Organisation de Coopération et de Développement engage la Suisse à transférer automatiquement aux autorités fiscales des pays concernés, les informations bancaires de ressortissants suspectés de se soustraire à l'impôt de leur pays d'origine. Les conditions de cette coopération fiscale doivent encore être négociées avec l'UE et les USA. Une nouvelle norme mondiale applicable à l'échange automatique d'informations fiscales avec les Etats partenaires entrera en vigueur après que les pays signataires auront fini les négociations. Le but est d'avoir une base juridique commune sur la transmission de ces données bancaires. En Suisse, la Conférence des gouvernements cantonaux, consultée à ce sujet a donné son accord à ce projet. Selon elle, une telle mesure améliorerait la réputation de la place financière suisse et mettrait en avant notre compétitivité, puisque tous les pays auraient les mêmes règles du « jeu ». Le Conseil Fédéral entend pratiquer l'échange automatique d'informations avec d'autres pays, en plus que ceux de l'UE et les USA. En effet, le gouvernement suisse a fait savoir de son intention de vouloir pratiquer le système de coopération fiscale, avec des Etats tiers entretenant des relations économiques et politiques importantes avec notre pays. Au futur, un ajout de nouveaux Etats à ce système n'est pas exclu. Néanmoins, quelques échanges de données bancaires ont déjà lieu, notamment avec les Etats-Unis.<o:p></o:p>

Aurait-on pu faire mieux ?<o:p></o:p>

Interviewée, Micheline Calmy-Rey a dit qu'on aurait dû entrer dans l'Union Européenne. Cela aurait permis à notre pays de participer aux négociations sur le secret bancaire. Selon elle, nous aurions ainsi obtenu des concessions. Plus à droite, le conseiller d'Etat en charge des finances, Serge Dal Busco affirme qu'il est facile de trouver des solutions après coup. D'après lui, lorsqu'on se retrouve la cible de nombreuses pressions venant de l'étranger, et qu'en plus, nous sommes dans une position de faiblesse il est extrêmement difficile de prendre des décisions. En outre, la marge de manoeuvre était réduite. Nous avons tenté de faire appliquer l'accord RUBIK à tous les pays qui nous menaçaient, ce qui aurait laissé notre secret sain et sauf. Mais, leur désir était d'abolir notre secret bancaire, bien que tous n'étaient pas dans la meilleure posture pour nous faire la morale (le Delaware pratique le secret bancaire!). Donc, nous avons tout essayé avant de capituler, mais nous n'avons pas eu le choix.<o:p></o:p>

Maintenant, il est important pour la Suisse que tous les Etats pratiquent l'échange automatique d'informations, afin d'être sur un pied d'égalité avec ceux-ci. Dans ce cas-là, nous devrons mettre en avant nos conditions cadres (savoir-faire, stabilité politique et monétaire) pour convaincre les personnes étrangères de venir déposer (ou laisser) leurs avoirs dans nos banques, et ainsi sauver notre système économique.