Les commentateurs n'ont pas manqué de relever les résultats de l'élection cantonale à Zurich. Non seulement parce que tout ce qui se passe à Zurich concerne toute la Suisse ; mais à cause du nouveau recul électoral du Parti des Verts. Les Verts libéraux ne font guère mieux. Est-ce à dire que les récentes préoccupations d'ordre économique, financier et social ont pris le pas de manière irréversible sur les préoccupations écologiques ? Les craintes sur le nucléaire, le réchauffement climatique et ses conséquences ne feraient-elles plus recette ? Les choses ne sont pas si simples. Mais on peut se poser d'emblée une question originelle. Les Verts n'auraient-ils pas dû rester un mouvement fort, accroché à un signal d'alarme, exerçant un effort continu sur les autorités et tous les partis, qu'ils fussent de gauche ou de droite ? Au lieu de cela, les Verts sont devenus un Parti de gauche, que sa teinte écologique certes forte n'apparente pas moins à la Gauche socialiste. Franchement, qu'est-ce qui différencie clairement, par exemple, la Conseillère nationale écologiste Adèle Thorrens, qui ne manque pas de charisme, d'une Géraldine Savary Conseillère aux Etats socialiste qui n'en manque pas non plus ? La première déclinait l'autre jour à la radio ses positions à propos de la sécurité sociale, de l'asile et autres dossiers qui auraient pu aussi bien être exprimées par la seconde. Or, les temps économiques moins faciles qu'aborde la Suisse sont de nature à rendre plus convaincants les partis de droite et du centre. Sans doute existe-t-il les Verts libéraux. Eux sont moins étatistes et plus attentifs aux mécanismes du marché. Ils n'en ont pas moins des abcès de fixation , telle leur idée d'impôt écologique, qui a aussi hérissé nombre d'électeurs. Et finalement, ils sont un peu assis entre deux ou plusieurs chaises ; même s'ils rêvent d'un rassemblement allant des Verts au PDC dont ils seraient le pivot. On peut toujours rêver.
En fait , la politique est compliquée. Les problèmes écologiques qui grandissent sont graves à terme et exigent des options, des directions. Mais des virages sur l'aile à 180 degrés ne seraient pas possibles sans mettre en danger l'approvisionnement énergétique, la compétitivité économique, l'emploi et donc la prospérité laborieusement acquise, même si tous n'en cueillent pas les meilleurs fruits. Il y a donc des équilibres à définir et à trouver. Mais pour cela il faut des pressions. Les avocats compétents de l'écologie constituent et doivent constituer un groupe de pression indispensable. Quant aux Partis traditionnels ( notamment le PLR et le PDC) ils ont besoin de fortes discussions internes incluant la dimension écologique. Sur leurs listes électorales aussi, il est ou serait salutaire que figurent des personnalités bien en phase avec les enjeux économiques et financiers, mais motivés pour proposer des pistes écologiques dynamisant les entreprises et l'innovation en général. On a besoin, encore une fois, de discussions ouvertes incluant les différents points de vue. Rien ne serait plus regrettable que de baisser le nez sur le guidon et de ne pas vouloir qu'une maturation démocratique propose des équilibres, cela dans une vision à moyen et à long terme.
Alors, la question se pose. Des citoyens pénétrés de sensibilité et de réflexion écologique, il en faut et il en faudrait de plus en plus. Mais Les Verts et même les Verts libéraux, en tant que partis qui se plongent à s'y perdre dans toute la mare politique, apportent-ils vraiment une plus value spécifique au grand débat qui s'impose à tous ? C'est une question.