Financer la transition climatique par un endettement massif est insoutenable

Par Cyril Aellen, Conseiller national
 

L’initiative « Pour une politique énergétique et climatique équitable » repose sur une idée simple mais erronée : face au défi climatique, il suffirait de mobiliser davantage d’argent public pour améliorer la situation. Cyril Aellen, conseiller national, nous explique l’importance de la responsabilité individuelle dans le débat sur le climat, et l’importance de rejeter cette initiative qui ne répond pas aux besoins d’une politique climatique sérieuse.

Une idée simple, erronée et réductrice

La gauche revient à la charge, inlassablement. En matière de climat, comme dans bien d’autres domaines, elle n’attend jamais que les précédentes mesures fassent leurs effets. Elle veut occuper le terrain politique, au détriment d’une action politique réfléchie. L’initiative pour un fonds climat repose sur une idée simple mais erronée : face au défi climatique, il suffirait simplement de mobiliser davantage d’argent public pour améliorer la situation. Il faudrait dépenser plusieurs milliards par an, de manière permanente, sans autre objectif précis. C’est comme si la transition écologique relevait avant tout d’un problème de financement, et non de choix, de comportements et de règles.

Cette vision est réductrice. La politique climatique n’est pas qu’une politique de dépenses, mais surtout une politique d’action et d’incitations. Ce qui compte, ce ne sont pas les montants engagés, mais les émissions réellement évitées. Or, rien n’indique qu’un fonds étatique massif, financé par l’endettement, serait plus efficace que des instruments ciblés et responsabilisants.

La gauche entretient une confusion volontaire. Elle laisse entendre que la lutte pour le climat serait freinée par un manque d’argent. C’est faux. La Suisse consacre déjà des moyens considérables à la transition énergétique. Le vrai débat porte d’abord sur l’efficacité des mesures, pas sur la taille des enveloppes.

Principe du pollueur-payeur vidé de sa substance

En outre, en misant sur un fonds financé par la dette, l’initiative affaiblit un principe fondamental : la responsabilité individuelle. Une politique climatique crédible doit rendre chacun conscient du coût de ses choix. Elle doit inciter à changer de comportement au lieu d’offrir une solution collective indifférenciée qui dissout toute responsabilité dans la dette publique.

Le principe du pollueur-payeur est ici largement vidé de sa substance. Au lieu de faire supporter le coût des émissions à ceux qui les produisent on les reporte sur la dette, à savoir sur le dos de nos enfants. La double peine pour les jeunes générations et le faux sentiment du devoir accompli pour les actuels responsables. En réalité, lorsque l’incitation diminue, l’efficacité disparaît.

Transformer durablement par des normes claires

Il existe pourtant une alternative claire, plus cohérente et plus durable : celle de normes intelligentes, prévisibles, progressives, mesurées et orientées vers le long terme. Des règles qui fixent un cap, laissent aux acteurs économiques la liberté des moyens et favorisent l’innovation plutôt que la subvention. C’est ainsi que l’on transforme durablement les modes de production et de consommation.

L’énergie grise, trop souvent négligée dans le débat

Cette approche permet en outre d’intégrer un élément trop souvent négligé du débat climatique : l’énergie grise. Construire, rénover, remplacer ou produire, tout cela a un coût énergétique réel, souvent invisible. Multiplier les projets subventionnés sans tenir compte de l’énergie nécessaire à leur réalisation peut conduire à des aberrations écologiques. Là encore, la logique du chèque public atteint vite ses limites.

Une politique climatique sérieuse ne peut pas ignorer ces effets indirects. Elle doit encourager la sobriété, la durabilité des infrastructures, la prolongation des cycles de vie, notamment des biens de consommation, et non une fuite en avant dans le principe aveugle des investissements subventionnés. La durabilité ne se décrète pas à coups de milliards ; elle se construit par des règles cohérentes et des choix responsables.

Un endettement massif est moralement insoutenable

Enfin, financer la transition climatique par un endettement massif est économiquement et moralement insoutenable. La dette reporte les coûts sur les générations futures tout en affaiblissant la discipline budgétaire actuelle. Une politique dite durable qui repose sur l’irresponsabilité financière est une contradiction en soi.

Le frein à l’endettement n’est pas un obstacle à la politique climatique. Il en est une condition. Il oblige à hiérarchiser, à choisir, à privilégier les mesures réellement efficaces. Le contourner, c’est ouvrir la porte à des dépenses sans cadre, sans limite et surtout sans objectif clair.

La responsabilité individuelle, clé de la transition individuelle

La transition écologique ne gagnera ni en crédibilité ni en efficacité en devenant un programme de dépenses permanentes. Elle a besoin de responsabilité individuelle, de règles claires et d’un cadre libéral exigeant. C’est à ce prix, et à ce prix seulement, qu’elle pourra être durable, au sens plein du terme.

« Une politique dite durable qui repose sur l’irresponsabilité financière est une contradiction en soi. »