Interview d'Ignazio Cassis, Conseiller fédéral

Par la rédaction

Dans un monde qui voit les relations internationales, et en particulier celles des grandes puissances, se transformer à une vitesse affolante, le multilatéralisme a-t-il encore un avenir ?

Oui – mais un avenir sous condition. Le multilatéralisme n’est pas un but, c’est un instrument. Pour rester pertinent, il doit livrer des résultats. Face au retour de la politique de puissance, les organisations doivent se recentrer sur leur mandat initial : paix, sécurité, droits humains. Plus de flexibilité, d’efficience, moins de dispersion dans leur manière de fonctionner. Elles doivent livrer des résultats et démontrer leur utilité sinon, elles seront contournées. Et la Suisse – pays au cœur de l’Europe, sans capacité militaire en dehors de ses frontières – a tout intérêt à défendre un ordre mondial fondé sur des règles.

Les institutions internationales voient leur financement réduit. Quel rôle reste-t-il pour la Genève internationale et comment peut-elle encore faciliter les efforts de paix et de réduction des tensions internationales ?

Genève doit rester une plateforme de confiance – un lieu neutre ne dicte pas les solutions, mais les rend possibles. Moins de moyens implique plus d'efficacité : chaque franc doit avoir de l’impact. Genève doit se concentrer sur l’essentiel, garantir le respect du droit international et du droit international humanitaire et promouvoir la diplomatie scientifique. La Suisse accompagne activement cette évolution vers un multilatéralisme ciblé, pragmatique et orienté vers des résultats concrets.

Comment la Confédération, sous votre direction, peut-elle soutenir Genève comme hub international du multilatéralisme ?

La Confédération soutient la Genève internationale, sur les plans politiques et financiers. Le Conseil fédéral a décidé d’investir 270 millions à Genève. Pour la période 2026–2029, notre soutien se concentre sur quatre piliers : accès universel, soutien opérationnel, partenariats stratégiques et innovation. Notre objectif : que Genève reste un lieu et un laboratoire vivant du multilatéralisme – et non un musée de l’ordre mondial passé.

La neutralité de la Suisse est attaquée tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de notre pays. Cette neutralité a-t-elle encore un avenir ?

Oui – si on la considère à juste titre comme un outil de sécurité et non une idéologie. Être neutre ne veux pas dire être indifférent, La Suisse reste militairement neutre, mais elle ne l’est pas face aux violations du droit international. Une neutralité utile est une neutralité au service de la paix. Pour qu’elle ait un avenir, elle doit évoluer avec le monde.

Le PLR Genève s’est positionné pour défendre un cadre bilatéral renouvelé. Ces accords peuvent-ils renforcer la position de notre pays au cœur de l'Europe ? Permettent-ils de renforcer notre système démocratique ?

Absolument. Les Bilatérales III garantissent notre accès au marché européen sans sacrifier nos institutions. Ces accords renforcent notre capacité à défendre nos intérêts économiques, scientifiques et sécuritaires. Refuser un tel cadre, c’est affaiblir notre souveraineté, pas la protéger. Dans un monde incertain, un ancrage européen solide, c’est une démocratie plus stable – et une Suisse plus forte.