G7 à Évian: Interview de la Colonel Monica Bonfanti, commandante de la Police genevoise

Par la rédaction

À l’approche du sommet du G7 qui se tiendra à Evian du 15 au 17 juin, Genève se prépare à accueillir cet événement avec grande vigilance afin d’éviter les débordements. La Colonel Monica Bonfanti, Commandante de la Police genevoise, nous présente un point sur le dispositif de sécurité qui sera mis en place.

Quel dispositif de sécurité sera mis en place par la police genevoise ? Quel effectif sera déployé et comment ?

Dans le cadre du Sommet du G7 organisé à proximité immédiate de Genève, un dispositif intercantonal a été mis en place conformément au mécanisme IKAPOL, permettant l’engagement de policiers provenant d’autres cantons en appui aux forces genevoises. Ce renfort vise à garantir un niveau de sécurité adapté à l’ampleur de l’événement, en assurant une présence renforcée et coordonnée sur le terrain. Les effectifs engagés opèrent sous la conduite des autorités genevoises, dans le respect des procédures harmonisées au niveau national, illustrant ainsi la solidarité et la capacité d’action conjointe des polices suisses face à des événements d’envergure internationale.

Par ailleurs, les agents des polices municipales genevoises appuieront la police cantonale dans la mise en œuvre des mesures sécuritaires sur le territoire cantonal du 10 au 18 juin 2026, dans le cadre de leurs prérogatives légales et sous commandement cantonal.

L’armée va envoyer des renforts. De quel effectif parle-t-on ?

Dans le cadre des mesures de sécurité prévues à l’occasion du Sommet du G7 et sur demande des autorités cantonales, le Conseil fédéral a approuvé l’engagement subsidiaire d’un effectif pouvant aller au-delà de 2'000 militaires, mais limité à un maximum de 5’000, en service d’appui. L’armée soutiendra les polices cantonales de Genève, de Vaud et du Valais en assumant notamment des tâches de protection d’objets, de surveillance, de reconnaissance, de transport et de logistique. Ces mesures viendront compléter le dispositif sécuritaire mis en place par les autorités cantonales. Les opérations se dérouleront à trois niveaux : au sol, sur le lac Léman et dans l'espace aérien.

Combien de policiers seront envoyés en France voisine ?

Il n’y aura pas de policiers suisses envoyés en France, comme il n’y aura pas de policiers français pour assurer la sécurité à Genève, hormis les dispositifs ordinaires de coordination mixtes. Par contre, les moyens de coordination et d’échange seront fortement renforcés pour l’occasion.

Quid d’un éventuel « village anti-G7 » en France voisine ?

À l’heure actuelle, aucune zone d’expression démocratique n’est prévue du côté français.

Comment la coordination avec nos voisins se passe-t-elle ? Avec le Ministère public genevois ?

Le Conseil fédéral a désigné un ambassadeur en charge des discussions franco-suisses. Son rôle est d'échanger les informations pertinentes en lien avec l'organisation du sommet et coordonner les aspects ayant trait tant à la sécurité qu'à l'expression démocratique ou encore aux impacts sur les acteurs économiques et touristiques. Les cantons directement concernés sont systématiquement associés à ces démarches, de même que les partenaires fédéraux.

Le Ministère public est impliqué tant dans les aspects stratégiques dans le domaine judiciaire que dans les aspects opérationnels afin de mettre en place une réponse judiciaire adéquate, tant au niveau législatif qu’opérationnel, afin d’être en capacité de traiter tous les actes judiciaires pouvant découler d’infractions commises en lien avec la tenue du G7 en France voisine.

Quel impact toutes ces mesures auront-elles pour Genève et le quotidien des Genevois ?

Des zones à accès réglementé seront mises en place de manière ciblée et temporaire, uniquement là où les impératifs sécuritaires l’exigent. La majorité de la ville restera accessible, et les services essentiels fonctionneront normalement.

La priorité des autorités est de préserver la continuité de la vie économique locale. Les restrictions, lorsqu’elles sont inévitables, seront communiquées le plus en amont possible, afin que chaque citoyen et commerçant puisse s’organiser sereinement. Elles seront publiées sur la page internet dédiée du site ge.ch, sur les réseaux sociaux de la police et transmises au médias.

Pour les travailleurs frontaliers, des mesures spécifiques sont prévues, mais pas encore détaillées à l’heure actuelle. Il faut prévoir des contrôles renforcés aux frontières et des possibles ralentissements aux abords des douanes principales. Des informations complémentaires sur ce point sont attendues de la part de l’Office fédéral de la douane et de la sécurité des frontières (OFDF).

Une ligne verte sera ouverte avec un numéro d’appel destiné aux questions en lien avec l’événement.

Des manifestations sont-elles à prévoir à Genève ? Comment seront-elles encadrées par la police ?

Conformément à l’arrêté du 26 novembre 2025, certaines manifestations restent autorisées, notamment celles relevant de l’exercice des libertés fondamentales, comme la grève féministe, ainsi que les événements sportifs ou culturels ne nécessitant pas de dispositif policier exceptionnel, ou encore les grandes manifestations déjà programmées, telles que le Bol d’Or du Léman, la Fête de la musique ou les fêtes des écoles. Des adaptations de parcours pourront toutefois être exigées si des conflits apparaissent avec les impératifs de sécurité liés au G7.

Comme d’ordinaire, les demandes de manifestations politiques seront traitées par le département en charge de la sécurité, mais leur organisation pourra être encadrée de manière adaptée au contexte sécuritaire exceptionnel lié au G7. La restriction temporaire en vigueur ne vise pas un mouvement en particulier : elle répond à la nécessité de garantir la sécurité autour de cet événement international.

Nous ne pouvons pas exclure que des manifestations non autorisées aient lieu, notamment en contestation au G7. En cas de manifestation non autorisée à Genève, la police appliquera une logique d’intervention graduée visant à maîtriser la situation sans provoquer d’escalade : après une évaluation rapide du groupe (taille, profil, mobilité), elle procèdera à des sommations de dispersion et mettra en place un dispositif dissuasif.

Si le rassemblement reste calme, une tolérance encadrée peut être envisagée, avec canalisation du cortège et restriction des axes sensibles ; en revanche, en cas de refus d'obtempérer ou de risque de débordement, la police passera à une phase de contrainte, incluant dispersion progressive, usage proportionné de moyens intermédiaires et interpellations ciblées des meneurs ou auteurs d'infractions.

Quelles mesures sont prises pour éviter que les événements de 2003 ne se reproduisent ?

Le dispositif de 2026 s'inscrit dans une continuité d'expérience, mais repose sur des capacités sensiblement différentes de celles de 2003. La coordination intercantonale, qui se construisait alors largement au cas par cas, s'appuie aujourd'hui sur le mécanisme IKAPOL consolidé, qui permet un engagement harmonisé et fluide des polices cantonales en appui.

La coopération transfrontalière a elle aussi été profondément renforcée, notamment au travers du Centre de coopération policière et douanière ainsi que des structures de liaison permanentes avec nos homologues français.

Enfin, les enjeux sécuritaires de 2026 ne sont plus ceux de 2003 : la dimension cyber, la surveillance de l'espace aérien face aux drones, la prise en compte des menaces hybrides et l'analyse en temps réel des réseaux sociaux font désormais partie intégrante du dispositif. Les cantons de Genève, Vaud et Valais, ainsi que leurs partenaires fédéraux et français, ont acquis au fil des grands événements organisés depuis plus de vingt ans une maîtrise des mécanismes de planification, de conduite et de coopération qui nous permet aujourd'hui d'aborder ce Sommet avec une préparation nettement plus aboutie.

Fort de son expérience dans la gestion de grands événements internationaux, le canton de Genève s’appuie sur des dispositifs éprouvés : analyse de scénarios, mobilisation de ressources humaines et matérielles adaptées, et activation de mécanismes de coopération transfrontalière. L’objectif est de prévenir les débordements et de garantir un encadrement sécuritaire proportionné à l’ampleur de l’événement.

Y a-t-il des craintes à avoir de ce point de vue ? À ce propos, quel est votre message à l’attention de la population ?

À titre personnel, je veux dire à la population que nous abordons cet événement avec sérieux, préparation et lucidité. Il ne s’agit ni de minimiser les risques, ni d’alimenter des inquiétudes inutiles : notre rôle est précisément d’anticiper, de prévenir et d’être prêts à réagir de manière adaptée. L’expérience acquise lors de précédents sommets internationaux, y compris les enseignements tirés de 2003, permet aujourd’hui d’aborder ce type d’événement avec des outils de planification et de gestion bien plus aboutis.

J’invite chacun à garder confiance, à s’informer par les canaux officiels et à suivre, le cas échéant, les consignes qui seront communiquées. Tout est mis en œuvre pour assurer la sécurité de la population tout en préservant au maximum le cours normal de la vie quotidienne.

Comment est financé le dispositif de sécurité ?

Lors des événements liés au G8 de 2003 à Genève, les coûts sécuritaires avaient représenté plusieurs dizaines de millions de francs pour les collectivités publiques. Dans le cadre du G7 à Évian, la situation est différente. Compte tenu des enjeux et de la dimension transfrontalière du dispositif, la Confédération s’engage de manière significative dans le financement des mesures de sécurité, en prenant en charge jusqu’à 80 % des coûts liés à son domaine de compétence.

Cette participation permet de soulager fortement les cantons concernés, dont Genève, tout en garantissant un dispositif sécuritaire à la hauteur des exigences. Elle reflète également la reconnaissance, au niveau fédéral, que ce type d’événement dépasse le seul cadre cantonal et relève d’un intérêt national.

Quel enjeu pour l’image de Genève et de la Suisse ?

Genève, place internationale par excellence, porte une responsabilité qui dépasse son territoire et contribue directement à l’image de la Suisse à l’étranger. Dans ce contexte, garantir une image irréprochable du pays n’est pas un objectif accessoire, mais une priorité pleinement assumée.

Quels sont les risques en matière de cybercriminalité ?

Le dispositif de sécurité intègre pleinement la dimension cyber. Les grands événements internationaux s’accompagnent de risques accrus dans ce domaine, comme l’ont montré certains précédents sommets. Une coordination étroite avec le Centre national pour la cybersécurité permet de renforcer les capacités de détection, de prévention et de réponse, afin de couvrir l’ensemble des menaces, y compris dans l’espace numérique.

Comment les entreprises genevoises sont-elles accompagnées ?

Depuis l’automne, une démarche structurée a été engagée avec les acteurs économiques. Un dialogue étroit est conduit avec les milieux hôteliers et les entreprises concernées, dans une logique de concertation inspirée des retours d’expérience, notamment du G7 de Biarritz en 2019. L’objectif est d’assurer un équilibre entre les impératifs de sécurité et le maintien des activités, en limitant autant que possible les perturbations.

Pourquoi ne pas communiquer davantage sur les risques de manifestations ?

Nous veillons à maintenir une communication responsable, fondée sur une vigilance partagée. La sécurité repose à la fois sur l’action des autorités et sur l’attention de chacun, dans son quotidien. Nous ne demandons pas au public de se substituer aux forces de l’ordre, mais d’adopter des comportements simples et responsables, afin d’éviter des débordements similaires à ceux observés lors de certaines manifestations récentes. Il ne s’agit pas de rassurer à tout prix, mais de permettre à chacun de rester attentif, en tenant compte du fait que certaines situations peuvent évoluer rapidement.

« La priorité des autorités est de préserver la continuité de la vie économique locale. Les restrictions, lorsqu’elles sont inévitables, seront communiquées le plus en amont possible, afin que chaque citoyen et commerçant puisse s’organiser sereinement. »