Le PLR défend depuis toujours des finances publiques saines comme condition de liberté et de cohésion: en quoi l'endettement menace-t-il la stabilité de notre démocratie directe ?
L'endettement n’est pas problématique en soi, pour autant qu’il n’excède pas les capacités de l’État. En revanche, lorsque la dette devient excessive, l'État se retrouve rapidement à consacrer davantage de ressources au service des intérêts qu’à ses missions fondamentales, comme la sécurité sociale ou la défense. En parallèle, il limite fortement sa capacité d’action, notamment pour investir dans l’avenir ou faire face à des crises. Grâce à un niveau d’endettement resté modéré, la Confédération a pu mobiliser environ 30 milliards de francs pendant la pandémie. Cela nous a permis de surmonter cette crise relativement bien. Le corollaire, c’est une dette qui est aussi élevée qu’avant l'introduction du frein à l'endettement et qu’il faudra réduire ces prochaines années. Il ne faut pas perdre de vue que les dettes d'aujourd'hui sont les impôts de demain, et que des dettes qui semblent encore supportables aujourd'hui peuvent devenir un fardeau en cas de hausse des taux d'intérêt.
Dans une démocratie de milice où les citoyennes et citoyens votent régulièrement de nouvelles dépenses, comment concilier transparence, responsabilité politique et frein à l'endettement pour que chaque franc dépensé par la Confédération reste légitimé démocratiquement ?
Le frein à l’endettement a été accepté à près de 85 % des voix il y a 25 ans. Je suis persuadée qu'aujourd'hui encore, une nette majorité de la population soutient l’idée que l'État ne doit pas dépenser plus qu'il n’encaisse. Ce principe, que tout le monde connaît dans sa vie privée, oblige la Confédération à gérer l'argent des contribuables de manière responsable. Et quand les citoyennes et les citoyens décident d'augmenter les dépenses – comme pour la 13e rente AVS – nous devons expliquer de façon transparente comment les financer. Ainsi, le Conseil fédéral a proposé au Parlement un programme d'allègement budgétaire visant à financer les dépenses supplémentaires pour la prévoyance vieillesse et la défense sans déroger au frein à l'endettement et sans avoir à augmenter les impôts. En cas de référendum, la population aura le dernier mot.
Le retour à l’équilibre budgétaire est une priorité politique pour éviter de léguer une charge financière aux générations futures. La Confédération pourra-t-elle continuer à investir dans l'avenir du pays et quelles sont ses priorités ?
Oui. Les recettes de la Confédération vont poursuivre leur croissance, passant de 80 milliards de francs en 2023 à 98 milliards en 2029, selon les prévisions. Même si le programme d'allègement du Conseil fédéral était appliqué intégralement, les dépenses continueraient d’augmenter, à raison d'environ 2 % par an. La Confédération peut donc continuer à investir dans la formation, l'agriculture, la défense, la prévoyance sociale ou la coopération au développement. Cependant, les attentes envers la Confédération ont tellement augmenté ces dernières années que, sans mesures d'allègement, les dépenses dépasseraient largement les recettes. Dans notre système, chaque lobby se bat pour ses subventions. Mais l'État doit fixer des priorités. Le Conseil fédéral estime donc qu'il est possible de freiner un peu la croissance des dépenses dans certains domaines afin de créer une marge de manœuvre dans d'autres.
Genève est à la fois pôle financier, centre de négoce et hub de sièges internationaux : quelles attentes avez-vous, comme cheffe des finances, envers notre canton pour renforcer durablement la compétitivité de la Suisse ?
Grâce à la solidité de son tissu économique et à son rayonnement international, le canton de Genève est l’un des piliers de la prospérité de notre pays, y compris en tant que contributeur net à la péréquation financière. Il est essentiel que Genève préserve cette position et sa compétitivité. Dans un contexte international de plus en plus incertain, notamment au regard de l’évolution de l’attitude des États-Unis envers les organisations internationales, cet enjeu devient particulièrement complexe. Par ailleurs, comme la Confédération, le canton de Genève fait face à des déficits, malgré des recettes élevées et en progression.
La place économique genevoise contribue significativement aux recettes fiscales fédérales ainsi qu’à la péréquation intercantonale : la Confédération travaille-t-elle sur les conditions cadre permettant d’encourager ce rôle moteur ?
La politique du Conseil fédéral vise à maintenir et à renforcer l’attractivité de la Suisse en tant que place économique. Concrètement, nous avons récemment adopté un train de mesures pour alléger la charge administrative qui pèse sur les entreprises, et le canton de Genève en bénéficie directement. Dans un contexte marqué par les difficultés financières des organisations internationales et par une concurrence accrue entre places économiques, le Conseil fédéral a en outre décidé de consacrer 269 millions de francs jusqu’en 2029 au renforcement de la Genève internationale. Cette décision a été prise alors même que la Confédération doit parallèlement réduire ses dépenses de plusieurs milliards de francs par an.