Le 8 mars prochain, nous devrons nous prononcer sur une initiative populaire au titre séduisant : « L’argent liquide, c’est la liberté ». Le slogan est séduisant. Qui, en Suisse, serait prêt à renoncer à une liberté aussi concrète que celle d’utiliser de l’argent liquide ? Personne ou presque. Cyril Aellen, conseiller national, nous détaille les enjeux de cet objet de votation.
Qui ne reconnaît pas, dans un billet de banque, un sentiment d’autonomie, de discrétion, parfois même de simplicité rassurante ? Nous tous.
Et c’est parce que la liberté est une chose sérieuse qu’elle ne peut se satisfaire que d’un slogan, aussi habile soit-il. Le libéralisme c’est l’équilibre, de la responsabilité et de la mesure. De ce point de vue, le contre-projet direct – l’arrêté fédéral sur la monnaie suisse – apporte une réponse plus juste, plus libérale et plus durable que l’initiative elle-même.
L’argent liquide, un outil de liberté individuelle
L’initiative populaire part d’une intuition que beaucoup partagent. L’argent liquide est un outil de liberté individuelle. Il permet de payer sans intermédiaire, sans dépendre d’une connexion, d’une application ou d’un acteur privé. Pour certains, il est une habitude, pour d’autres, une nécessité ou une option précieuse. À ce titre, il mérite clairement d’être préservé.
Mais l’expérience montre que ce n’est pas parce qu’un principe est inscrit dans la Constitution qu’il est automatiquement mieux protégé. Bien au contraire. L’histoire libérale nous rappelle que les libertés les plus solides sont souvent celles qui reposent sur des règles claires, compréhensibles et applicables, plutôt que sur des proclamations générales.
Constitutionnaliser, un pas vers la rigidité
En voulant constitutionnaliser des principes très larges – la disponibilité permanente du cash ou l’obligation d’un vote populaire pour toute évolution monétaire – l’initiative transforme une préoccupation légitime en norme rigide, mal définie et juridiquement incertaine. Or, pour un libéral, la liberté ne gagne rien à l’imprécision. Elle a besoin de clarté.
Un contre-projet qui protège l’essentiel avec mesure
Le contre-projet proposé par le Conseil fédéral adopte une approche différente. Il garantit un cadre fiable et compréhensible.
Deux principes simples seraient inscrits dans la constitution : le franc resterait la monnaie nationale et l’approvisionnement en numéraire serait garanti. Cela peut sembler modeste. Mais c’est précisément ce qui fait la force du texte. Les meilleures règles sont celles qui ne prétendent pas organiser l’avenir dans ses moindres détails, mais qui créent un ordre stable dans lequel chacun peut faire ses choix librement.
Le contre-projet protège ainsi l’essentiel. Il reconnaît le rôle central de la Banque nationale suisse, tout en laissant à la société, aux commerces et aux citoyens la liberté de s’adapter à leurs besoins et à leurs préférences.
Une tradition de confiance
Il faut le dire clairement : une partie du discours des initiants s’appuie sur une inquiétude légitime face à la numérisation croissante des paiements. Cette inquiétude mérite d’être entendue. Mais le libéralisme ne consiste pas à refuser le changement par principe. Il consiste à s’assurer que ce changement reste choisi, progressif et réversible – et non imposé d’en haut.
Garantir constitutionnellement l’existence du franc et l’accès au numéraire suffit largement à empêcher toute disparition autoritaire et injustifiée de l’argent liquide. Aller au-delà, comme le fait l’initiative, revient à inscrire dans la Constitution une méfiance durable envers les institutions, envers les mécanismes existants et, au fond, envers la capacité de la société à décider avec discernement.
Or, la Suisse s’est construite sur une autre idée libérale essentielle : la confiance. Une confiance qui se retrouve dans des règles stables, dans des autorités indépendantes et dans la responsabilité individuelle. Le contre-projet s’inscrit pleinement dans cette tradition.
L’initiative pèche par excès
Pour un esprit libéral, tout n’a pas vocation à figurer dans la loi fondamentale mais seulement ce qui est nécessaire. L’initiative pèche par excès : elle cherche à tout verrouiller, au risque de créer des conflits d’interprétation, des contentieux inutiles et une rigidité institutionnelle.
Dire oui au contre-projet, pour un libéralisme confiant et responsable
Le contre-projet, lui, respecte mieux le principe de proportionnalité. Il constitutionnalise ce qui doit l’être – la monnaie et l’accès au numéraire – et laisse la mise en œuvre concrète au droit ordinaire et à la pratique.
Si les deux textes devaient être acceptés, la question subsidiaire deviendrait alors décisive. Il est donc important d’indiquer clairement sa préférence pour le contre-projet. Ce serait un acte de cohérence.
En définitive, le contre-projet direct incarne une approche libérale, pragmatique et profondément suisse. Il protège ce qui est nécessaire, sans céder à la tentation du maximalisme constitutionnel.
Le 8 mars, soutenir le contre-projet – et le choisir clairement à la question subsidiaire –, c’est faire le choix d’un libéralisme confiant et responsable.