A Genève, la distribution d’électricité, d’eau et de gaz, ainsi que la gestion de réseaux et d’infrastructures, relèvent d’un monopole des Services industriels de Genève (SIG). Le peuple genevois a confirmé à plusieurs reprises son attachement à une régie publique. Un monopole public n’est cependant acceptable que s’il est irréprochable, la concurrence étant absente pour le discipliner. Pour parvenir à une gouvernance qui garantit efficacité, transparence, exemplarité et justesse des coûts, Geoffray Sirolli, député au Grand Conseil, identifie quatre exigences qui doivent guider le pilotage des SIG et qu’il nous présente ici.
À Genève, les Services industriels de Genève (SIG) occupent une place à part. Une grande partie de leurs activités relève d’un monopole ou d’un quasi-monopole : distribution d’électricité, d’eau et de gaz, gestion de réseaux et d’infrastructures. Dans une petite métropole, dupliquer les réseaux serait absurde : travaux permanents, coûts supplémentaires, complexité et augmentation des risques. La sécurité et les investissements sur plusieurs décennies exigent un acteur robuste, capable de planifier, d’entretenir et d’innover.
Dans le même temps, le peuple genevois a confirmé à plusieurs reprises son attachement à une régie publique. Ce choix implique une contrepartie non négociable : quand la concurrence ne discipline pas, la gouvernance doit garantir une efficacité, une transparence et une exemplarité sans faille, tout comme une justesse des coûts. Un monopole public n’est acceptable que s’il est irréprochable.
La confiance s’érode inévitablement dès que le citoyen a le sentiment de se sentir floué, de ne plus comprendre, et de subir des dérives. Une régie publique ne peut pas se contenter du « tout est conforme ». Elle doit viser le « tout est limpide » : une communication claire, des actions justifiées et justifiables.
Un enjeu simple : des SIG solides et dignes de confiance
L’enjeu est simple : des SIG solides pour la sécurité d’approvisionnement et la transition énergétique. Cependant, mieux gouverner ne veut pas dire bureaucratiser. Les SIG ont été pensés comme une entité publique autonome, rattachée à l’État, pour gagner en souplesse et en agilité. Répondre aux critiques par le « tout contrôle » et des couches de procédures serait contre-productif et coûteux. La bonne réponse consiste en un pilotage exigeant, fondé sur des compétences avérées et pertinentes, des objectifs clairs, et une culture orientée client, de résultat et de redevabilité. Sans cela, le monopole devient une boîte noire, et la confiance disparaît.
« Si les SIG veulent conserver la confiance, ils doivent accepter l’exigence : moins de politique, plus de compétences ; moins de zones grises, plus de transparence ; moins d’alibis, plus de résultats. »
Quatre exigences pour un pilotage efficace des SIG
Pour y parvenir, j’identifie quatre exigences qui doivent à mon sens guider le pilotage des SIG.
Première exigence : une stratégie de propriétaire explicite. L’État doit définir les attentes, les priorités et les modalités relatives aux coûts. Qualité de service, sécurité d’approvisionnement, trajectoire climatique, maîtrise des tarifs, discipline financière : tout ne peut pas être prioritaire en même temps. Les arbitrages doivent être assumés publiquement, plutôt que découverts plus tard, au détour d’une facture ou d’un dépassement.
Deuxième exigence : un Conseil d’administration resserré et compétent. Le « micmac vert » n’est un secret pour personne : une présence très importante de sensibilités écologistes au sein du Conseil tend à politiser l’organe, parfois au détriment du pilotage. La transition énergétique demeure un objectif partagé, mais elle ne peut pas servir d’alibi à une gouvernance où l’affichage et les équilibres partisans prennent le pas sur les compétences. Il faut un Conseil à taille humaine, choisi pour sa capacité à piloter, questionner, contrôler et trancher. Transparence stricte sur les intérêts, tolérance zéro pour les zones grises. Des comités d’audit et des risques doivent fonctionner sans complaisance.
Troisième exigence : une tutelle qui assume et qui exige. Il faut un magistrat capable de fixer un cap, de demander des comptes et d’oser mettre la pression quand les objectifs ne sont pas atteints. Une régie publique ne se pilote pas à distance ; elle se pilote par des exigences, des indicateurs et une capacité à vérifier et corriger à temps.
Quatrième exigence : une transparence obligatoire. Process lisibles, grands investissements clairement explicités, indicateurs publiés (qualité, délais, incidents, satisfaction) : non pas simplement pour communiquer, mais pour assurer un pilotage cohérent et légitime en tout temps. Les décideurs comme la population doivent pouvoir suivre les décisions et mesurer leur impact, notamment sur la qualité de service et sur les tarifs. Cela suppose aussi une conformité exemplaire : contrôles internes solides, audits indépendants, prévention stricte des conflits d’intérêts, dispositif d’alerte indépendant et protégé.
Le débat n’oppose pas « public » et « privé ».
Il oppose un monopole public digne de confiance, et un monopole qui finit par l’user faute d’exigence. Dans un marché concurrentiel, une entreprise est sanctionnée ; en situation de monopole, la sanction, c’est la perte de confiance. C’est précisément parce que les SIG sont indispensables que la barre doit être plus haute qu’ailleurs.
Un monopole public se mérite
Un monopole public ne se défend pas par principe, il se mérite. Si les SIG veulent conserver la confiance, ils doivent accepter l’exigence : moins de politique, plus de compétences ; moins de zones grises, plus de transparence ; moins d’alibis, plus de résultats. Sinon, le débat ne sera plus « comment améliorer », mais « pourquoi continuer ainsi ». Exiger l’exemplarité, c’est protéger le choix genevois d’une régie publique.