Interview de Anne Hiltpold, Présidente du Conseil d’État

Par la rédaction

Depuis le 1er juin, vous assumez la présidence du Conseil d’État. Que représente cette fonction pour vous et quelle impulsion souhaitez-vous donner au gouvernement ?

C’est d’abord un grand honneur de représenter Genève durant cette année de présidence. Ce rôle est avant tout institutionnel, mais il permet aussi de donner une impulsion et de renforcer la cohérence de l’action gouvernementale.

Le Conseil d’État fonctionne de manière collégiale. Cela implique du dialogue, parfois des arbitrages difficiles, mais c’est aussi ce qui fait la force de nos institutions. Mon rôle sera donc d’encourager cette cohérence et de veiller à ce que l’action publique reste lisible et efficace.

Une année qui débute sur les chapeaux de roues, entre l’organisation du sommet du G7 et les débats sur les finances publiques...

Effectivement, le rythme est soutenu dès le premier jour. Mais lorsque je me suis engagée au gouvernement, je savais que cette fonction impliquait de faire face à tout type de situation. 

Je n’ai pas choisi le calendrier, mais j’assume pleinement les responsabilités qui l’accompagnent. En politique, les périodes de calme sont rares. Il faut savoir gérer les urgences sans perdre de vue les objectifs de long terme.

Les relations avec le Grand Conseil sont parfois tendues. Comment les envisagez-vous ?

À Genève, les projets sont débattus au parlement et souvent soumis au peuple. Cela impose une certaine humilité. Notre responsabilité est de fixer un cap tout en construisant les conditions politiques qui permettent d’avancer. C’est notamment pour cela que je suis présente à toutes les commissions de l’enseignement. Faire des compromis ne signifie pas abandonner ses convictions. Cela signifie trouver des solutions concrètes et durables.

Les désaccords sont normaux dans une démocratie, mais nous avons tous intérêt à maintenir un climat de travail constructif au service de la population.

Que souhaiteriez-vous avoir accompli au terme de cette année de présidence ?

Nous allons au-devant d’une période difficile, marquée par des propositions d’économies importantes. Mon souhait, au terme de cette année de présidence, serait que le Conseil d’État ait su maintenir un cap clair, prendre les décisions nécessaires avec courage et responsabilité, tout en préservant la cohésion gouvernementale et la confiance de la population.

Nous devrons prendre le temps d’expliquer nos choix, dialoguer avec les partenaires concernés et mettre en œuvre des réformes nécessaires pour assurer la pérennité des finances publiques et la qualité des prestations à la population.

Je comprends que ces décisions puissent susciter des inquiétudes. Mais il faut aussi garder à l’esprit que Genève est un canton où la prise en charge sociale est particulièrement étendue. Comparé à de nombreuses régions, en Suisse comme à l’étranger, nous bénéficions d’un filet social solide et de prestations de qualité. Notre responsabilité est de préserver cet acquis sur le long terme, afin qu’il continue de profiter à celles et ceux qui en ont réellement besoin.

L’année de présidence est généralement associée à un thème fort. Quel sera le vôtre ?

J’ai choisi l’intelligence artificielle et son impact sur l’éducation.

L’IA est sans doute l’une des plus grandes transformations de notre époque, une révolution. Elle modifie déjà notre façon d’apprendre, de travailler et de nous informer. Pour les jeunes, ce n’est pas une technologie nouvelle, ils grandissent avec elle et l’utilisent au quotidien.

Cette évolution suscite des inquiétudes légitimes. Nous devons les prendre au sérieux, non pas en rejetant la technologie, mais en trouvant les moyens d’en encadrer les usages et d’accompagner les jeunes dans son appropriation. Notre défi collectif est de préserver l’esprit critique, la réflexion personnelle, la capacité d’argumenter tout en profitant des possibilités offertes par l’intelligence artificielle.

Mais plutôt que de projeter uniquement nos inquiétudes d’adultes, je souhaite partir des questions que se posent les jeunes eux-mêmes face à cette technologie en constante évolution.  

Tout au long de l’année, nous organiserons des débats, des conférences, des tables rondes et des ateliers dans les établissements scolaires. Dès la rentrée, nous consulterons les élèves afin de construire avec eux un questionnaire sur leurs préoccupations. Les résultats serviront de base aux échanges avec des spécialistes et aux différents ateliers thématiques.

Cette démarche permettra aussi de renforcer l’expression orale, l’argumentation, l’esprit critique et la capacité à nuancer les débats. Dans un monde où les machines peuvent produire instantanément des textes et des réponses, ces qualités humaines deviennent plus importantes que jamais.

à la fin de l’année scolaire 2027, le projet donnera lieu à une restitution publique mettant en valeur les productions réalisées par les élèves tout au long de l’année scolaire mais aussi à la rédaction d’une contribution spécifique destinée à partager les principaux constats, recommandations et bonnes pratiques issus de l’expérience conduite dans les établissements. Les conclusions du projet pourront ainsi être mises en perspective avec les thématiques abordées lors du Sommet mondial sur l’intelligence artificielle prévu en juillet 2027 à Genève.

Cela fait désormais trois ans que vous dirigez le DIP. Vous avez la réputation d’être très investie dans vos dossiers, privilégiant souvent le travail de terrain au détriment d’une présence dans les médias. Comment percevez-vous cette image ?

Peut-être. Il est vrai que je consacre beaucoup de temps au travail de fond. Chaque jour, je dois prendre des décisions qui entraînent des conséquences concrètes pour les Genevoises et les Genevois. De même, je préfère parler aux médias lorsque j'ai quelque chose à dire et des éléments à apporter. C’est mon style et je l’assume.

« L’IA est sans doute l’une des plus grandes transformations de notre époque, une révolution. Elle modifie déjà notre façon d’apprendre, de travailler et de nous informer. »