Réunis à l'occasion de l'édition 2026 de la traditionnelle Université d'été, les membres du PLR Genève ont pris part à trois ateliers thématiques : la sécurité, le logement et le tourisme. Comme chaque année, vos jeunes libéraux-radicaux vous proposent un compte rendu des débats qui nous ont permis de traiter en profondeur ces sujets d’actualité. Nous saisissons également l’occasion de remercier les équipes de choc qui ont animé chaque atelier : Mike Berker, Richard Boldrini et Pierre Conne (sécurité) ; Christophe Aumeunier et Valentine Pillet (logement) ; Philippe Schwarm et Frédéric Hohl (tourisme). Bonne lecture !
SECURITE : UNE POLICE JUDICIAIRE FORTE POUR PRESERVER L’ATTRACTIVITE DE GENEVE
L’atelier a placé la police judiciaire (PJ) au cœur de la réflexion sur les défis sécuritaires de demain. Les échanges avec Richard Boldrini, chef de la PJ, et Mike Berker, inspecteur et vice-président du Syndicat de la PJ, ont permis de mettre en lumière les difficultés liées à la lutte contre la criminalité à Genève.
La sécurité : pierre angulaire de l’attractivité
de Genève
La sécurité est un élément essentiel de la qualité de vie et de l’attractivité de Genève. Depuis quelques années, la criminalité organisée et violente connaît une évolution préoccupante. Les récents épisodes de home-jackings, de cambriolages ciblés et d’agressions violentes ont contribué à renforcer le sentiment d’insécurité. Cette inquiétude est également exprimée par les acteurs économiques. La Fondation pour l’attractivité du canton de Genève (FLAG) publiait cet été son rapport sur la criminalité. Le constat est accablant.
Entre 2022 et 2025 : +14,9 % d’infractions contre le patrimoine, +21,4 % de violences graves et +39,2 % d’infractions cybercriminelles.
Si Genève est le canton qui dispose du plus de policiers par habitant, avec 1 équivalent temps plein (ETP) pour 350 habitants, bien devant la moyenne nationale (1/477), le taux d’élucidation est le plus bas de Suisse (17,7 %). La dimension transfrontalière des infractions est un facteur, sans qu’on puisse lui attribuer toute la responsabilité.
Pourtant, la réponse qu’offre le Département des institutions et du numérique (DIN), notamment vis-à-vis des communes, n’est pas à la hauteur des enjeux. À réitérées reprises, on nous assure que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. En gros : « circulez, il n’y a rien à voir ». Or, agir nécessite de prendre conscience de la gravité de la situation.
Une criminalité qui évolue plus vite que nos moyens
La criminalité est devenue plus numérique, plus mobile, plus internationale, plus anonyme, plus cloisonnée et plus violente. Internet et les réseaux sociaux constituent désormais un véritable écosystème criminel : ils permettent d’identifier des cibles, de recruter des exécutants, de coordonner des opérations ou encore de déplacer et de blanchir des fonds.
L’enjeu n’est donc pas seulement d’élucider les infractions commises, mais d’empêcher qu’elles ne le soient. Or, faute de ressources humaines formées et disponibles, la PJ dispose d’une marge de manœuvre limitée. Absorbée par les infractions déjà commises, elle peine à anticiper celles qui se préparent.
Avec les participants à l’atelier, nous avons esquissé quelques pistes qui permettraient à la PJ de reprendre l’initiative :
Miser sur la technologie
Les outils d’analyse criminelle, tels que la lecture automatisée des plaques d’immatriculation (système LAPI) ou l’élargissement de la vidéosurveillance, peuvent contribuer à renforcer les capacités d’enquête et d’anticipation. Monaco fait figure de pionnier en la matière et ses expériences méritent d’être étudiées.Repenser la formation
Aujourd’hui, rien ne garantit à qui souhaite devenir enquêteur qu’il rejoindra effectivement la PJ à l’issue de sa formation. Il convient de réfléchir au retour de la filière de recrutement et de formation spécialisée, qui permettrait de former plus tôt de futurs inspecteurs et d’attirer des profils disposant de compétences particulières.Une meilleure affectation des ressources actuelles
Une réflexion s’impose sur la manière dont les ressources existantes sont utilisées. La complexification des procédures, l’augmentation considérable du volume de données numériques à exploiter et certaines tâches historiquement confiées à la police mobilisent aujourd’hui une part importante du temps des enquêteurs.
Certaines missions qui ne requièrent pas l’exercice de compétences ou de pouvoirs policiers pourraient être réexaminées, par exemple les interventions liées aux décès manifestement non suspects, afin de déterminer si elles peuvent être accomplies autrement, et ainsi libérer des moyens pour les missions prioritaires.Revoir le cadre légal
La mise en œuvre de ces orientations se heurte rapidement aux limites du cadre légal et procédural actuel. L’élargissement de la vidéosurveillance et la LAPI nécessitent un assouplissement des règles en matière de protection des données (LPD et LIPAD). Une nouvelle pesée des intérêts entre préservation des libertés et sécurité publique est indispensable. La sécurité est le socle inconditionnel d’une société libre et responsable. L’atelier sécurité de l’Université d’été s’est employé à le rappeler, alors que l’attractivité de Genève est sans cesse remise en question. Les solutions ne manquent pas et se complètent : technologie, formation, organisation, cadre légal. Dans ce contexte, le PLR continuera à œuvrer pour un canton où il fait bon vivre et poursuivra ses efforts pour que la réponse politique du DIN soit à la hauteur des attentes en matière de sécurité.
PROJETS EN COURSLe PLR n’a pas attendu une dégradation de la situation pour agir. Différents conseils municipaux, à travers leurs représentants PLR, se sont coordonnés pour demander une modification du cadre légal afin de permettre l’installation d’un système de recherche automatisée de véhicules et surveillance du trafic (RVS), ainsi qu’un renforcement de la vidéosurveillance. La section collongeoise du PLR Arve et Lac a aussi déposé une pétition qui demande une ouverture 24h/24 du poste de police de la Pallanterie, le seul de la région. |
POLITIQUE DU LOGEMENT: UN ETAT DES LIEUX SANS CONCESSION
Samedi 22 août 2026, à l’occasion de l’Université d’été du PLR à Troinex, nous avons eu le plaisir d’échanger sur la politique du logement avec Christophe Aumenier, secrétaire général de la Chambre genevoise immobilière (CGI) et ancien député PLR, ainsi qu’avec Valentine Pillet, présidente de l’Association des promoteurs-constructeurs genevois (APCG) et architecte. Cet échange, riche et concret, a permis de dresser un état des lieux sans concession de la crise du logement à Genève et d’esquisser des pistes de solutions pragmatiques, fidèles aux valeurs libérales-radicales.
Un marché du logement sous tension
Les discussions ont notamment porté sur le taux de vacance de logements dans le canton, particulièrement très bas puisqu’il s’établit à 0,31 %, soit très loin du seuil de 2 % généralement considéré comme celui d’un marché équilibré. Cette pénurie chronique pèse directement sur le pouvoir d’achat des Genevoises et des Genevois, et pousse de nombreux ménages, notamment les familles et les jeunes actifs, à quitter le canton pour s’installer dans le canton de Vaud ou en France voisine.
Des procédures d’autorisation trop lentes
Un constat a été partagé : les procédures d’autorisation de construire sont aujourd’hui trop longues et freinent tant les nouvelles constructions que les rénovations. Ces délais, qui s’étendent parfois sur plusieurs années, découragent les porteurs de projets et retardent d’autant la mise sur le marché de nouveaux logements pourtant indispensables. Le manque d’initiative du Département du Territoire pour raccourcir ces délais est regrettable.
Les communes en première ligne, avec le soutien du canton
La plupart des communes construisent déjà de manière soutenue et démontrent une réelle volonté de participer à l'effort collectif. Pour poursuivre sur cette voie, elles auront toutefois besoin du soutien actif du canton afin de développer les infrastructures nécessaires sur leur territoire : routes, réseaux, écoles, équipements publics et espaces verts doivent suivre le rythme de la construction de logements. Sans cet accompagnement, l'effort des communes risque de se heurter à des limites structurelles.
Construire aux abords des zones agricoles, dans le respect de la viticulture
Le canton devra également œuvrer au développement de nouvelles constructions en bordure des zones agricoles, dans des périmètres ciblés et réfléchis, tout en préservant les surfaces dédiées à la viticulture et à l'agriculture.
Accompagner nos aînés vers un habitat adapté
Autre priorité évoquée lors des échanges : accompagner nos aînés souhaitant quitter un grand logement pour un habitat mieux adapté à leurs besoins. De nombreuses personnes âgées occupent aujourd'hui des logements devenus trop grands pour elles, faute d'alternatives adaptées et attractives. Cela passera notamment par le développement des immeubles avec encadrement pour personnes âgées (IEPA), qui offrent un cadre de vie sécurisant tout en libérant des logements familiaux pour de nouveaux occupants.
La rénovation énergétique, un impératif écologique et économique
Enfin, la dimension écologique a également été abordée lors de cette rencontre. L'objectif est clair : accélérer la démolition et la reconstruction des bâtiments les plus énergivores, afin d'éliminer les passoires thermiques du parc immobilier genevois. Cette démarche doit permettre non seulement de réduire l'empreinte carbone du canton, mais également d'offrir aux habitants des logements plus confortables et moins coûteux en énergie. Il conviendra toutefois de veiller à ce que ces ambitions écologiques ne se traduisent pas par un alourdissement supplémentaire des procédures, mais s'inscrivent au contraire dans une logique de simplification et d'incitation.
ATELIER TOURISME ET CONGRES
Genève a-t-elle perdu le goût des grands événements et congrès ? C'est la question qu'a posée l'atelier consacré aux grands événements, animé par Frédéric Hohl, producteur d'événements et ancien député PLR, et Philippe Schwarm, vice-président PLR et ancien président de Genève Tourisme & Congrès, qui ont aidé les participants à dresser un état des lieux sans concession de l'attractivité événementielle genevoise. Un constat partagé d'entrée : « une grande ville internationale ne se construit pas uniquement avec des bureaux et des administrations, mais aussi avec des émotions collectives. »
Une destination qui pèse, mais qui s'essouffle
Les chiffres ne trompent pas sur le poids économique du secteur. En 2025, Genève a enregistré 4 millions de nuitées, généré 16 millions de francs de taxe de séjour et soutenu 15'000 emplois, avec 43 congrès déjà confirmés jusqu'en 2032, promettant plus de 36'000 participants et 115'000 nuitées supplémentaires. L'Office du tourisme et le Bureau des congrès renseignent à eux seuls 100'000 visiteurs par an et soutiennent 102 événements sur le territoire genevois.
Mais ces chiffres, aussi solides soient-ils, cachent une réalité plus sombre. Ces dernières années, Genève a perdu bon nombre de grands événements, à l'image du Salon international de l'automobile, des Fêtes de Genève dans leur format historique ou de la Lake Parade, faute de volonté politique ou de portage économique suffisant. Plus récemment encore, en 2026, la Fanzone a elle aussi été supprimée, tout comme Genève, la manifestation phare voulue par la Ville de Genève pour remplacer les Fêtes de Genève.
Le paradoxe genevois
Le diagnostic est sans appel. Plus l'État grandit, plus il devient difficile d'organiser. Avec environ 300 nouveaux postes créés chaque année dans la fonction publique, l'administration s'épaissit, les procédures se multiplient et les responsabilités se dispersent entre la Ville, la commune, le Canton, Genève Tourisme et l'organisateur privé. Résultat : le risque administratif est aujourd'hui plus dissuasif que le risque événementiel lui-même.
La piste avancée pour sortir de cette impasse est celle du partenariat public-privé événementiel, où chaque acteur (Ville/commune, État, Genève Tourisme, organisateur privé) assume un rôle clairement défini plutôt que de se renvoyer la responsabilité.
Un investissement, pas une dépense
Nos intervenants ont insisté sur un point central : une manifestation n'est pas un coût, c'est un investissement. Chaque franc mis dans la culture ou l'événementiel générerait environ 3 francs de retombées, un ratio qui peut grimper à 4 ou 5 francs lorsque l'événement génère des nuitées et transports. Les exemples cités parlent d'eux-mêmes. Les Fêtes de Genève de 1999 avaient généré environ 120 millions de francs de retombées en dix jours, et la Fête des Vignerons 2019 environ 340 millions sur un mois.
Les idées ne manquent pas
Preuve que l'envie d'organiser reste bien présente, les participants ont planché en groupes pour proposer, en trois minutes chrono, une idée forte pour redonner de l'ambition à Genève. Parmi les propositions les plus marquantes figurent un festival de street art sur les façades d'immeubles genevois, ou encore la résurrection des Fêtes de Genève.
Ces propositions illustrent la conviction centrale de l'atelier. Genève ne manque ni d'idées ni d'atouts, entre son rayonnement international, son aéroport, son infrastructure hôtelière, son lac exceptionnel, son image diplomatique et sa population multiculturelle. Ce qui lui fait défaut, c'est avant tout un cadre qui permette à ces idées de voir le jour.
Les leviers pour changer de posture
Pour transformer l'essai, les intervenants ont proposé un changement de posture politique : ne plus se demander « pourquoi ce projet est-il impossible ? » mais « comment le rendre possible ? ». Cela suppose une vision politique claire, un interlocuteur unique pour les grands événements, des procédures adaptées aux manifestations temporaires, une prise de risque maîtrisée et une véritable culture du partenariat public-privé.
Retrouver l'ambition
Enfin, l’atelier s'est conclu sur un message clair : les événements ne sont pas une dépense, ils sont une vitrine, une émotion collective, une activité économique et une source de fierté pour tout un canton. La vraie question n'est donc pas de savoir si Genève peut encore organiser de grands événements, mais si elle en a encore l'envie.