VOTATION CANTONALE | Seymaz-Sud: construire les logements dont Genève a besoin

Par Geoffrey Marclay, Conseiller municipal, Chêne-Bourg

À Genève, la crise du logement n’est plus une préoccupation parmi d'autres : elle est devenue l’un des principaux défis de notre canton. Alors que la pénurie atteint un niveau historique, le projet de Seymaz-Sud soulève une question fondamentale : sommes-nous réellement prêts à construire les logements dont les Genevoises et les Genevois ont besoin ? Geoffrey Marclay, conseiller municipal à Chêne-Bourg, nous aide à y répondre.

UNE PENURIE QUI NE PEUT PLUS DURER

Le projet de déclassement du secteur de Seymaz-Sud, à Chêne-Bourg, a suscité un débat nourri. Référendum, accusations de spéculation, craintes liées à la densification ou interrogations sur l'évolution du quartier : les prises de position n'ont pas manqué. Ces préoccupations sont légitimes et méritent d'être entendues. Mais elles ne doivent pas faire oublier l'essentiel : Genève est-elle encore capable de répondre à la demande croissante de logements ?

Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Au 1er juin 2025, le taux de vacance des logements à Genève n'était plus que de 0,22 %, son niveau le plus bas depuis 2011. À titre de comparaison, un marché immobilier est généralement considéré comme équilibré lorsque ce taux se situe entre 1,5 et 2 %. Trouver un logement est ainsi devenu un véritable parcours du combattant pour un nombre croissant de Genevoises et de Genevois. Cette tension alimente la hausse des loyers, réduit la mobilité résidentielle et fragilise l'attractivité de notre canton.

Dans un canton qui compte désormais plus de 537 000 habitants, qui continue de créer des emplois et d'accueillir de nouveaux résidents, cette situation n'a plus rien de conjoncturel : elle est devenue structurelle.

UNE EVIDENCE S'IMPOSE DONC : GENEVE DOIT CONSTRUIRE DAVANTAGE

Pourtant, c'est ici que réside tout le paradoxe genevois. Tout le monde s'accorde à dire qu'il faut construire davantage de logements. Pourtant, dès qu'un projet concret voit le jour, les oppositions se multiplient, les recours s'enchaînent et les référendums repoussent encore les échéances. Cette contradiction est devenue l'un des principaux obstacles à la résolution de la crise du logement. La crise du logement ne se résoudra pas par des déclarations d'intention, mais par des réalisations concrètes.

UNE CRISE QUI TOUCHE TOUTES LES GENERATIONS

Les conséquences sont désormais visibles pour une grande partie de la population. Les jeunes peinent à accéder à leur premier logement et restent plus longtemps chez leurs parents. Les familles rencontrent des difficultés à trouver un appartement correspondant à l'évolution de leurs besoins. Les seniors souhaitent parfois rejoindre un logement plus adapté sans devoir quitter leur commune. Quant à la classe moyenne, elle se retrouve trop souvent prise entre des logements subventionnés auxquels elle n'a pas accès et un marché libre devenu financièrement inaccessible.

La crise du logement ne concerne donc plus seulement certains ménages : elle touche désormais toutes les générations et met à rude épreuve la cohésion sociale de notre canton.

CONSTRUIRE LA OU CELA FAIT SENS

C'est dans cette perspective que le projet de Seymaz-Sud doit être analysé. Situé dans un secteur déjà urbanisé, bien desservi par les transports publics et bénéficiant d'infrastructures existantes, ce périmètre offre une véritable opportunité de créer de nouveaux logements sans empiéter sur les zones agricoles.
Si Genève doit poursuivre sa densification, c'est précisément dans ce type de secteur que cela fait le plus de sens. Construire là où les transports publics, les écoles, les commerces et les équipements existent déjà est non seulement plus cohérent, mais aussi plus durable que d'étendre toujours davantage l'urbanisation.

Certains dénoncent un cadeau fait aux propriétaires fonciers ou aux promoteurs immobiliers. Le débat mérite d'être posé, mais il ne doit pas masquer la question centrale. L'objectif d'un déclassement n'est pas de créer de la valeur foncière ; il est avant tout de permettre la construction de logements. Refuser systématiquement tout projet au motif qu'il bénéficie également à des propriétaires reviendrait, dans les faits, à rendre pratiquement impossible toute évolution urbaine. Ce qui doit guider la décision publique reste l'intérêt général : permettre à davantage de Genevoises et de Genevois de se loger.

CONSTRUIRE DAVANTAGE, MAIS CONSTRUIRE MIEUX

Soutenir Seymaz-Sud ne signifie pas défendre une urbanisation sans limite. Construire davantage ne veut pas dire construire n'importe quoi. La densification doit être maîtrisée, respecter son environnement et s'inscrire dans une vision cohérente du développement territorial. Il ne s'agit pas de multiplier les constructions de manière anarchique ni de faire surgir des tours partout, mais de développer des quartiers de qualité, bien intégrés et offrant un cadre de vie agréable à leurs habitants.

Refuser un projet parce qu'il transforme un quartier n'est pas une politique du logement. Une politique du logement consiste à accompagner l'évolution de notre canton de manière responsable, en conciliant qualité de vie, développement urbain et besoins de la population.

FAIRE LE CHOIX DE L'AVENIR

Le débat autour de Seymaz-Sud dépasse largement les limites d'un quartier de Chêne-Bourg. Il pose une question fondamentale : sommes-nous prêts à apporter des réponses concrètes à une crise que chacun reconnaît ?

Accepter ce déclassement ne résoudra évidemment pas, à lui seul, la pénurie de logements. En revanche, le refuser reviendrait à renoncer à la création de plusieurs centaines de logements dans un secteur où leur réalisation est cohérente avec le développement du canton.

Construire des logements n'est jamais simple. Ne plus construire ne constitue toutefois pas une solution. Seymaz-Sud ne résoudra pas, à lui seul, la crise du logement genevoise. Mais il représente une étape concrète dans la bonne direction. Si nous voulons offrir un avenir aux jeunes, permettre aux familles de rester à Genève et préserver l'attractivité de notre canton, il faudra accepter de transformer certains secteurs de manière réfléchie, équilibrée et responsable. C'est précisément ce que propose aujourd'hui Seymaz-Sud.