VOTATIONS CANTONALES : Contraception : le bon objectif, la mauvaise réponse

Par Alexis Couniniotis, Eloi Guimtrandy & Pascal Uehlinger, respectivement Président des JLR Genève, Vice-président des JLR Genève et Député au Grand Conseil
 

Le 27 septembre, Genève vote sur l’initiative 198 « Pour une contraception gratuite ». Les Jeunes Libéraux-Radicaux mènent campagne pour le non. Convaincus de l’importance des problématiques sous-jacentes, nous nous opposons à un texte sans aucun ciblage et trop couteux.

Disons-le d’entrée : l’objectif est légitime. La contraception est un enjeu tant de santé publique que d’émancipation. Prévenir les grossesses non désirées, c’est renforcer l’autonomie des femmes. Et oui, le prix peut constituer un frein réel. Là où la gauche se trompe, c’est sur la réponse : l’IN 198 oppose une solution simpliste à un problème sérieux.

UNE MESURE ARROSOIR

L’initiative offre la prise en charge intégrale des frais de contraception à toute la population, sans aucune distinction de situation. Une femme de 40 ans, voire 35, sans contrainte financière, y aurait droit exactement comme l’étudiante de 19 ans. Rappelons ce que le titre dissimule : rien ne devient gratuit, la facture est simplement transférée au contribuable.
Une politique sociale efficace doit être ciblée. Elle aide davantage celles et ceux qui en ont réellement besoin. Les 15-25 ans concentrent près de 70 % des entretiens d’information du Planning familial. Ce sont eux qui se heurtent aux vraies barrières : le manque d’information, le besoin de confidentialité vis-à-vis des parents, le prix. Pour eux, la gratuité se justifie. Au-delà, l’État doit rester subsidiaire. Les initiants se sont d’ailleurs dit prêts, en audition, à recentrer leur texte sur les jeunes et les personnes précarisées. La preuve que l’universalité n’est pas indispensable. Si ceux qui ont les moyens de payer leur contraception l’obtiennent gratuitement, tandis que ceux qui ont réellement besoin de cette aide finissent aussi par la financer à travers leurs impôts, le budget des Genevois en est-il réellement soulagé ?

UNE ADDITION SANS CHIFFRAGE

L’initiative ne présente aucun chiffrage. Le rapport de majorité de la commission de la santé évalue à 20 millions par an le seul coût des contraceptifs – sans les consultations, sans le suivi, sans l’administration. Un dispositif ciblé sur les 15-25 ans coûterait environ 7 millions : trois fois moins, pour l’essentiel du bénéfice.

Or le canton vote des budgets déficitaires depuis des années et ses charges dépassent 11,3 milliards, en hausse de 436,8 millions en un an. Créer une dépense permanente de cette ampleur se fera au détriment d’autres postes. Et l’expérience genevoise invite à la prudence : la gratuité des TPG pour les jeunes, financée à hauteur de 32 millions, en coûte aujourd’hui 53,6.

Quant aux économies promises par les initiants, elles reposent sur des études américaines menées auprès de populations précaires. Le directeur de l’Office cantonal de la santé l’a dit en audition : la comparaison n’est ni pertinente ni possible. Le Conseil d’État, qui s’est prononcé en défaveur de l’initiative, estime que les économies ne compenseront pas le coût de l’initiative.

LA VRAIE URGENCE S’APPELLE IST

Pendant ce débat, les infections sexuellement transmissibles (IST) progressent et l’usage du préservatif recule chez les jeunes. En douze ans : +273 % de gonorrhées, +32 % de chlamydioses. Le préservatif reste le seul moyen qui protège à la fois des IST et des grossesses non désirées. C’est là qu’un franc public produit le plus d’effet.

Bonne nouvelle ! Cela avance déjà. Le 19 août, le Conseil d’État a répondu à une motion votée à l’unanimité du Grand Conseil par un programme ciblé de prévention : autotests VIH et préservatifs gratuits en pharmacie, dans les centres d’accueil sociaux et de santé et les lieux de dépistage, avec un accès facilité au dépistage. Ciblé, rapide, proportionné. Exactement ce que l’IN 198 n’est pas.

RENFORCER CE QUI FONCTIONNE

Le Groupe santé Genève et l’Unité de santé sexuelle et planning familial accompagnent déjà les publics les plus vulnérables. Donnons-leur des moyens plutôt que de diluer 20 millions sur l’ensemble de la population. Genève accueillera en 2027 la 14e Conférence de l’IAS sur la science du VIH. C’est l’occasion de présenter des mesures concrètes plutôt qu’un chèque en blanc.

Le 27 septembre, nous voterons NON à l’IN 198. Pas par indifférence, mais parce que nous voulons une politique de santé sexuelle qui aide vraiment celles et ceux qui en ont besoin.